Albanie/minorités: obsèques d'un Grec tué par la police

bularat (Albanie) - Des centaines de personnes ont assisté jeudi dans une ambiance lourde aux obsèques d'un membre de la minorité grecque d'Albanie, tué fin octobre lors d'une fusillade avec la police dans son village de Bularat (sud-est).

Cette mort a suscité un début de polémique entre Athènes et Tirana, dont les relations sont empoisonnées notamment par la question des minorités.

Des centaines de personnes, dont certaines venues de Grèce, ont afflué en bus ou en voitures vers la petite ville de Bularat, pavoisée aux couleurs grecques, a constaté une journaliste de l'AFP.

Disposant de la double nationalité grecque et albanaise, Konstantinos Katsifas, 35 ans, a été tué le 25 octobre, lors d'un échange de tirs avec la police.

Il a été présenté comme un nationaliste extrémiste grec par Tirana, qui l'accuse d'avoir ouvert le feu au fusil automatique sur les forces de l'ordre.

La fusillade avait commencé après que Konstantinos Katsifas avait tiré en l'air pendant une cérémonie honorant les soldats grecs pendant la Deuxième guerre mondiale.

Athènes avait demandé des informations à son voisin. L'Albanie avait regretté "la politisation" de son décès par Athènes.

Le corps a été installé dans la maison familiale de Bularat, revêtu d'un treillis militaire et recouvert d'un drapeau grec, avant d'être conduit en cortège au cimetière de Bularat.

Des groupes de jeunes ont scandé des slogans nationalistes et d'autres rendaient hommage au défunt: "Kostandinos, tu es vivant et tu nous conduis!", "Tu es immortel!", "Bularat est grec! Les Albanais dehors!".

L'union des journalistes albanais a dénoncé des "menaces contre les journalistes".

Selon le recensement albanais de 2011, la minorité grecque compte 25.000 personnes. Elle dispose de médias, et quatre députés de cette minorité siègent au Parlement.

Quelque 600.000 Albanais ont émigré en Grèce depuis la chute du communisme il y a près de 30 ans.

La frontière entre les deux pays est contestée par les nationalistes grecs, qui considèrent la région du sud de l'Albanie où est située Bularat, comme l'"Epire du nord".

L'Eglise orthodoxe grecque estime également avoir autorité sur les orthodoxes albanais (environ 7% de la population).

La frontière maritime est également sujette à controverse, avec pour enjeu de possibles ressources pétrolières.

Illustration ubuesque de ces relations compliquées, l'état de guerre entre les deux pays, déclaré en 1940, n'a toujours pas été officiellement levé, même si Athènes et Tirana ont dit leur intention de le faire.

Un autre différend bilatéral est la question "tcham", une minorité albanophone chassée du nord de la Grèce après la Seconde Guerre mondiale.

(©AFP / 08 novembre 2018 16h58)
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