Areva dans la tourmente, forte inquiétude des syndicats

Paris - Gel des embauches et des salaires, fuite des compétences: les salariés d'Areva craignent de faire les frais de la crise qui frappe le géant du nucléaire, alors qu'un conseil de surveillance doit entériner mercredi l'arrivée de leur nouveau patron Philippe Varin.

La situation devient préoccupante, la dégradation continue. On craint la restructuration, on la sent venir, a confié à l'AFP Jean-Pierre Bachmann, coordinateur CFDT du groupe.

Depuis l'annonce le 18 novembre d'une suspension des objectifs pour les deux années à venir, les mauvaises nouvelles pleuvent sur le groupe avec une chute de l'action de plus de 15%, une dégradation de l'agence Standard and Poor's et l'annonce du retard d'un an du chantier du réacteur EPR à Flamanville (Manche) conçu par Areva.

Un retard qui fait par ailleurs écho à celui du réacteur EPR en Finlande et du décalage dans le redémarrage de centrales nucléaires au Japon.

Cette situation n'est pas arrivée du jour au lendemain, observe Patrick Lescure, délégué central CGT, premier syndicat d'Areva. Il dénonce de la part de la filière et de l'Etat, actionnaire à 87%, une stratégie d'affichage économique immédiat dépourvue de vision sur le long terme.

Déjà fin 2011, Areva avait adopté un plan stratégique visant à faire un milliard d'économies annuelles d'ici 2015 avec notamment en France, un gel des embauches entraînant le non-remplacement de 1.200 personnes et la suppression en Allemagne de plus de 1.200 emplois.

- des salariés en état d'alerte-

Outre ses problèmes financiers, Areva subit une crise de gouvernance après le départ pour maladie de son président Luc Oursel. L'Etat a décidé d'appeler à la tête du groupe Philippe Varin, ex-PSA et de débarquer le président du conseil de surveillance, Pierre Blayau.

Varin vient de l'automobile, mais dans le nucléaire, on ne ferme pas une usine comme ça. C'est difficilement transposable du jour au lendemain au Maroc ou en Espagne, observe M. Bachmann, faisant allusion à l'importante restructuration du groupe automobile. Il a aussi déploré un changement de gouvernance en pleine tempête.

Même discours pour M. Lescure qui estime que ce n'est pas parce qu'on fera baisser un peu la masse salariale qu'on résoudra le problème, redoutant une chasse à ce qui est le moins rentable.

Dans le nucléaire, c'est plus insidieux qu'une simple fermeture d'usine, selon lui. Comme les cycles sont longs, il suffit de ne pas investir dans une entreprise ou de ne pas renouveler le personnel pour que dans 3, 4, 5 ans, vous soyez obligé de fermer parce que vous ne savez plus faire, a-t-il ajouté.

Par exemple, explique-t-il, si l'usine de Saint-Marcel (Saône-et-Loire) ne fait pas une cuve de réacteur dans les cinq à dix ans à venir, on ne saura plus faire de cuves de réacteurs. Les salariés qui ont ces compétences-là vont partir à la retraite.

Le syndicaliste redoute aussi une externalisation de toutes les fonctions qui ne sont pas coeur du métier.

Il y a deux ans, on a mis à part toutes les fonctions support du groupe au sein d'une entreprise qui s'appelle Areva business support, indique le cégétiste qui soupçonne une cession sur le même mode que celui de la filiale informatique Euriware, vendue en mai à Capgemini.

Pour M. Bachmann, la question des effectifs sera posée. Question salaire, cela va être l'austérité et question conditions de travail, on va faire pression sur la productivité et le temps de travail.

Quant à la CFE-CGC, Guy Bruno évoque des salariés en état d'alerte. Son syndicat a déjà pris rendez-vous le 12 décembre avec le cabinet du ministre de l'Économie, Emmanuel Macron.

En février, le nouveau plan stratégique du groupe qui compte 45.000 salariés, dont près de 28.000 en France devrait être présenté aux syndicats.

cbn/db/az

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(©AFP / 26 novembre 2014 17h16)
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