Autriche : fondé par d'anciens nazis, le FPÖ veut remettre à plat son histoire

Vienne - Le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) a annoncé mardi la mise en place d'une commission destinée à remettre à plat son histoire, deux mois après l'entrée de cette formation créée par d'anciens nazis dans le gouvernement du chancelier conservateur Sebastian Kurz.

Cette initiative intervient après plusieurs incidents ayant impliqué des membres du parti, notamment un cadre régional qui a dû démissionner en janvier après la découverte d'un corpus de chants pronazis au sein d'une corporation pangermaniste dont il était un dirigeant.

"Beaucoup de reproches ont été formulés à l'encontre du FPÖ, pour beaucoup injustifiés, pour d'autres, il faut bien le dire, justifiés", a expliqué le chef du groupe parlementaire de la formation, Walter Rosenkranz, au cours d'une conférence de presse.

"Nous faisons face au reproche latent selon lequel au sein du FPÖ les idées nazies et néonazies sont tolérées. Non, ce n'est pas toléré et ceux qui croient pouvoir imposer de telles idées chez nous n'ont rien à faire dans le parti", a-t-il ajouté.

Dirigée par l'ancien député FPÖ Wilhelm Brauneder, un professeur d'université à la retraite, la commission invitera également des chercheurs ou organismes indépendants à s'associer à ses travaux.

Parmi ceux-ci, le Centre de documentation et d'archive sur la Résistance (DÖW), une organisation de référence spécialisée dans la recherche sur le nazisme et le néonazisme en Autriche, très critique envers le FPÖ.

Dans un déclaration solennelle, le parti a par ailleurs souligné mardi "reconnaître sans réserve la République d'Autriche, la démocratie, le parlementarisme et l'Etat de droit".

La position de cette formation concernant le statut de l'Etat autrichien a longtemps été ambigüe, le courant pangermaniste considérant l'Autriche, qu'Adolf Hitler avait annexée en 1938, comme une simple province allemande.

"En tant que membres du gouvernement, nous avons une responsabilité particulière", a relevé le secrétaire général du FPÖ, Harald Vilimsky, soulignant que le parti "rejette clairement le nazisme, le racisme et l'antisémitisme".

La création de cette commission d'historiens, dont un rapport d'étape doit être rendu à l'automne, avait été promise le mois dernier par Heinz-Christian Strache, le chef du FPÖ et vice-chancelier.

Lui-même proche de cercles néonazis dans sa jeunesse, M. Strache s'est efforcé ces dernières années de polir l'image du parti, à la tête duquel il a succédé à Jörg Haider en 2005.

Le FPÖ reste toutefois considéré avec méfiance par la Communauté israélite d'Autriche (IKG) et par Israël, qui boycottent tout contact officiel avec ses représentants.

Le président de l'IKG, Oskar Deutsch, a fait part mardi de son "scepticisme" concernant les futurs travaux de la commission. Celle-ci a été jugée "absolument pas crédible" par le parti social-démocrate (opposition).

L'ONG SOS Mitmensch a pour sa part fait valoir que M. Brauneder avait publié dans une revue d'extrême droite, comme un autre membre de la commission, Andreas Mölzer, qui avait dû renoncer à la tête de liste du FPÖ aux Européennes de 2014 après avoir traité l'UE de "conglomérat de nègres".

Le DÖW a toutefois indiqué être prêt à collaborer aux travaux de la commission si celle-ci effectuait un "travail sérieux", notamment sur les Burschenschaften, corporations aux penchants parfois ultranationalistes dont beaucoup de cadres FPÖ sont issus.

Mais M. Rosenkranz a souligné que les Burschenschaften étaient des "associations privées sur lesquelles le FPÖ n'a aucune prise", et qu'à ce titre elles ne pourraient pas être contraintes à coopérer avec la commission.

Si celle-ci renonçait à mener des investigations étendues, ses travaux reviendraient à "une simple tentative de blanchir l'image du parti", a prévenu le chef du DÖW, Gerhard Baumgartner.


(©AFP / 13 février 2018 16h41)
News les plus lues