Avec sa méga-raffinerie de Jubail, Total veut s'affirmer en Arabie saoudite

JUBAIL (Arabie saoudite) - La nouvelle raffinerie géante de Total en Arabie saoudite constitue une clé d'entrée pour le groupe français, qui vise d'autres partenariats avec cette richissime monarchie pétrolière désireuse d'exploiter d'autres sources énergétiques que l'or noir.

Jusqu'à récemment actif partout au Moyen-Orient sauf en Arabie saoudite, Total s'y est associé à la puissante compagnie nationale Saudi Aramco pour y développer l'une des raffineries les plus grandes du monde, à Jubail, zone industrielle aride à une trentaine de kilomètres du Golfe persique.

Une des motivations, c'était d'établir des relations entre Total et l'Arabie saoudite. C'était le pays du Moyen-Orient qui manquait dans notre dispositif, a expliqué le patron de la branche raffinage-chimie de Total, Patrick Pouyanné.

Notre logique est claire, c'est une logique de partenariat. On s'implante, on se fait connaître et apprécier. (...) On espère un jour capitaliser dessus, mais c'est un temps long, a-t-il ajouté cette semaine à des journalistes dans le cadre d'une visite du site organisée par le groupe.

Une extension de Jubail est d'ores et déjà à l'étude, centrée sur la pétrochimie. L'Arabie saoudite reste un grand marché pour l'aval. On cherche à capitaliser sur tout ce qu'on a créé pour renforcer la plateforme, a insisté le dirigeant.

- Soleil plutôt que pétrole -

Mais d'autres collaborations sont envisageables, dans l'énergie solaire voire, un jour, le gaz de schiste. Il y a l'ambition de faire des choses avec les Saoudiens en Arabie, et en dehors d'Arabie, selon lui.

Premier producteur et exportateur mondial de pétrole, avec 11,5 millions de barils extraits par jour en 2012, selon BP, la monarchie du Golfe veut réduire sa dépendance à l'or noir et diversifier ses sources d'énergie pour alimenter sa demande intérieure croissante et développer son industrie.

Une manière aussi de préserver ses juteuses exportations de brut, alors qu'elle en engloutit une énorme part pour ses propres besoins en électricité.

Ryad prévoit ainsi de lancer un vaste programme nucléaire et entend développer les énergies renouvelables, dont le solaire. Une transition énergétique que Total entend accompagner dans ce pays baigné de soleil, via sa filiale Sunpower, leader mondial dans le domaine.

Saudi Aramco regarde avec intérêt le solaire, on discute, confirme M. Pouyanné.

- La tentation du gaz de schiste -

Le royaume pétrolier souhaite également profiter de la manne du gaz de schiste, tout en poursuivant l'exploitation du gaz naturel conventionnel.

Le ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Nouaïmi, a estimé à environ 600 milliards de pieds cubes les réserves de gaz non conventionnel du pays, soit près de 17.000 milliards de m3 et plus du double des réserves conventionnelles actuelles.

Le gaz non conventionnel a beaucoup d'avantages. Il complètera l'offre gazière du royaume et permettra d'utiliser le pétrole brut dans des applications à plus forte valeur ajoutée, selon une porte-parole de Saudi Aramco, qui évoque un élément clé pour optimiser le mix énergétique du pays.

Nous sommes les premiers dans la région à avoir découvert du gaz non conventionnel et à nous engager à le fournir aux consommateurs, précise-t-elle, soulignant que ce gaz fera tourner une centrale électrique de 1.000 mégawatts, qui alimentera à son tour une mine et une usine de phosphate.

La production pétrolière reste le pré carré de Saudi Aramco, assis sur près d'un cinquième des réserves mondiales de brut, mais l'entreprise publique pourrait s'associer à des compagnies étrangères dans le gaz de schiste, comme elle l'a déjà fait pour l'exploration du gaz conventionnel ou l'aval, selon l'expert Francis Perrin, président de Stratégies et politiques énergétiques (SPE).

L'Arabie saoudite dit depuis deux, trois ans s'intéresser au gaz de schiste, dont elle pense avoir des ressources importantes sur son territoire, relève M. Perrin. Pour confirmer ce potentiel, et ensuite le valoriser, elle serait prête à des partenariats avec des compagnies étrangères.

En effet, elle a besoin de leur expertise. Aujourd'hui, il n'y a qu'aux Etats-Unis qu'on développe et valorise de façon industrielle les gaz non conventionnels. Ce sont donc des technologies qui ne sont pas encore maîtrisées par tout le monde, mais par certaines compagnies américaines et de grandes compagnies pétrolières étrangères, dont Total.

Le groupe français s'était lancé en 2004 avec Shell et Aramco dans un programme d'exploration gazière dans le sud du pays, avant de s'en retirer deux ans plus tard après des forages infructueux.

Total n'exclut pas une nouvelle ouverture. Bien sûr, on leur en a parlé. On leur a dit qu'on était prêt à les aider dans ce domaine. Je pense que toutes les compagnies leur ont proposé de travailler avec eux. Mais la balle est dans leur camp, a dit M. Pouyanné.

mpa/fpo/pb

BP

SUNPOWER CORPORATION

ROYAL DUTCH SHELL PLC

TOTAL

(©AFP / 26 mars 2014 14h47)