Barrages hydroélectriques: manifestation contre l'ouverture à la concurrence devant le Parlement européen

Strasbourg - Environ 400 salariés de concessions hydrauliques ont manifesté mardi devant le Parlement européen à Strasbourg pour appeler à "enrayer" le projet "néfaste" d'ouverture à la concurrence souhaité par Bruxelles, a constaté un journaliste de l'AFP.

"La gestion des barrages et surtout de la ressource en eau ne peut pas être soumise à la concurrence et à la loi du marché. On risque de déprécier ce bien essentiel à la vie en faisant sortir le service public du jeu", a déclaré à l'AFP Jean-Yves Segura, délégué syndical FO.

La Commission européenne a mis en demeure la France, en octobre 2015, d'ouvrir à la concurrence ses concessions. Propriétés à 100% de l'État, les barrages sont actuellement concédés en très grande majorité à EDF, qui détient environ 85% de la puissance installée, et à Engie, via ses filiales Compagnie nationale du Rhône (CNR) et Société hydroélectrique du Midi (Shem).

"L'ouverture à la concurrence, c'est casser un service public qui répond à un intérêt général et désorganiser son système tarifaire, donc augmenter les factures d'électricité pour les usagers", a fait valoir Sébastien Menesplier, secrétaire général de la fédération Mines-énergie CGT.

"Sûreté hydraulique en danger", "Non à la privatisation", clamaient des banderoles accrochées aux barrières jouxtant le Parlement. Présents dès le matin, les manifestants ont fait détonner des pétards et allumé des fumigènes.

Répondant à l'appel d'une intersyndicale (CFDT, CGT, CFE-CGC et FO), ils ont sollicité des députés européens à leur arrivée devant le bâtiment en les invitant à "prendre position" pour "bloquer le processus" de mise en concurrence.

Quelques députés ont "témoigné de leur solidarité" avec les salariés.

"L'énergie doit rester un bien public, pour le peuple", a estimé le grec Sotirios Zarianopoulos, député PC.

Le gouvernement français ne s'est pas encore mis d'accord avec Bruxelles sur les conditions de mise en oeuvre de l'ouverture des concessions, mais "le dossier avance sans tenir compte de l'avis des syndicats et de la réalité du terrain", ont regretté plusieurs manifestants.

Des piquets de grève ont également été tenus sur une vingtaine de barrages hydroélectriques en France, selon un représentant CFE-CGC.

Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, interrogé au Sénat par le sénateur socialiste de l'Aude Roland Courteau, a de son côté déclaré que "ça n'est pas, contrairement à ce que j'ai lu, une privatisation".

"Parce que je vous confirme que les barrages vont rester la propriété de l'Etat, notamment pour en garantir la sécurité", a-t-il poursuivi.

"Le statut des personnels sera dans tous les cas de figure préservé et les cahiers des charges devront évidemment prévoir la reprise des personnels par le nouvel exploitant", a souligné Nicolas Hulot.

Le ministre a par ailleurs rappelé les quatre points que la France défend auprès de Bruxelles: regroupement des concessions pour assurer la cohérence des vallées, prolongation des concessions de la Compagnie nationale du Rhône (CNR) et de la Truyère (Aveyron), "le refus de toute exclusion d'EDF du processus de mise en concurrence" et une mise en concurrence limitée aux concessions échues.

fd-jmi/soe/nth

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(©AFP / 13 mars 2018 17h49)
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