Bibliothèque et musée: le profil type du visiteur décrypté à Genève

La Ville de Genève enquête pour connaître de manière approfondie les publics de la culture. Cette démarche menée en 2013 dans les musées et bibliothèques municipales sera ensuite étendue à l'ensemble des activités culturelles ainsi qu'au domaine du sport.

"Nous disposons des chiffres bruts de fréquentation des musées, mais pas de connaissances fines sur le public. Ce travail vise à le connaître qualitativement, à comprendre ses motivations", a expliqué jeudi devant la presse Sami Kanaan, magistrat en charge du Département de la culture et des sports (DCS) à la Ville de Genève.

"Ce travail nous permettra également d'avoir un outil d'aide à la décision pour faire évoluer l'accueil, fidéliser le public, séduire de nouveaux visiteurs. Il servira également au bon usage des deniers publics. En Suisse, nous sommes la première collectivité publique à le faire à cette échelle", a ajouté le conseiller administratif.

Test sur trois musées et les BM
Considéré comme une priorité par le magistrat, le travail d'enquête a été lancé pour la première fois en 2013. La méthodologie a été testée sur trois musées du DCS (Ariana, Musée d'art et d'histoire et Muséum d'histoire naturelle) ainsi que sur le réseau des Bibliothèques municipales (BM).

Dans les musées, quelque 200'000 personnes ont répondu à un questionnaire restreint de trois questions basiques et 3000 à une enquête comportant 33 questions. Dans les bibliothèques, ils ont été 1100, respectivement 35'000 à être interrogés.

Tendances surprenantes
L'enquête a réservé quelques surprises, a relevé Isabelle Naef, directrice de l'Ariana. "On pensait que le musée de la vaisselle et de la petite tasse à thé était plutôt fréquenté par des personnes âgées. Pas du tout: notre premier public est constitué par les 21 à 30 ans".

Autre source d'étonnement: la quasi-absence de public scolaire. "Nous allons essayer de créer des relais avec les enseignants", a indiqué Mme Naef.

L'enquête donne ainsi des pistes d'amélioration. Le musée a d'ores et déjà développé un petit coin famille, installé des tables tactiles, refondu le site web et assuré une présence sur les réseaux sociaux. Il va également installer une boutique, dont l'absence a été fortement déplorée par les personnes sondées.

Avec plus de 70% de visiteurs étrangers et les Chinois au deuxième rang, le Musée va également réfléchir à la difficile question de la langue.

Pratique sociable
De manière plus générale, les musées de Genève agissent comme des acteurs régionaux et internationaux en attirant des habitants d'autres cantons et des pays étrangers. Le public est composé pour les trois quarts de personnes ayant une formation tertiaire. Pour le conseiller administratif, cela montre qu'il faut encore travailler à la démocratisation de ces institutions.

Les enquêteurs ont également constaté que la visite des musées est une pratique de sociabilité: 80% des personnes interrogées s'y rendent accompagnées.

Lieu pour soi
La tendance est à l'inverse dans les bibliothèques municipales (BM), considérées comme un lieu pour soi: 91% des sondés s'y rendent seuls. Question fréquentation, 40% des usagers résident hors de la ville de Genève quand bien même il s'agit d'une institution de proximité, a constaté leur directrice Véronique Pürro.

Si 75% du public vient pour emprunter des documents, certains viennent aussi pour consulter des journaux ou simplement pour être au chaud sans n'avoir rien à payer, a-t-elle poursuivi. Parmi les points à améliorer dans les BM, les personnes interrogées ont notamment cité le wifi.

Elargissement
Ce n'est pas un "one shot", a souligné M. Kanaan. L'exercice se poursuivra sur la durée. Il sera élargi à d'autres institutions culturelles (Conservatoire, jardin botanique et Musée d'ethnographie notamment) mais aussi aux arts de la scène et aux activités sportives.

(ats / 13.11.2014 15h09)