Bourse Zurich: fort repli avec la crise américano-turque, Aryzta s'enfonce

Zurich (awp) - La Bourse suisse a nettement reculé vendredi. Les marchés ont été plombés par la crise américano-turque. Les valeurs bancaires notamment se sont retrouvées particulièrement à la peine, sur fond de dégringolade de la livre turque et de craintes quant à l'exposition des établissement européens sur les rives du Bosphore. Au niveau des titres, Aryzta a enfoncé de nouveaux planchers.

A New York, Wall Street cédait du terrain en début de séance, affectée par de fortes tensions sur la monnaie turque, faisant craindre aux investisseurs un effet de contagion à l'économie mondiale. "Les préoccupations du marché à l'égard de la livre (la monnaie turque) sont liées aux inquiétudes quant à un possible effet de contagion, en d'autres termes une crise des devises émergentes", a commenté Patrick O'Hare de Briefing.

La devise turque s'est enfoncée de 19% vendredi par rapport au dollar, un plongeon exacerbé par une nouvelle annonce protectionniste de Donald Trump qui a autorisé le doublement des taxes douanières sur l'acier et l'aluminium en provenance de Turquie.

Le franc s'est pour sa part nettement apprécié face à l'euro vendredi, dans un contexte généralisé d'aversion au risque qui a saisi l'ensemble des marchés financiers internationaux. La devise suisse a joué dans l'immédiat sa fonction de valeur refuge, mais les analystes ne s'attendent cependant pas à ce que la pression subsiste longtemps sur la monnaie helvétique.

Sur le front économique, les prix ont légèrement augmenté aux Etats-Unis en juillet, maintenant l'inflation annuelle à 2,9%, au plus haut depuis 2012. L'indice CPI a avancé de 0,2% en juillet en données corrigées des variations saisonnières par rapport à juin, comme s'y attendaient les analystes.

Le SMI a fini en recul de 1,25% à 9031,33 points, avec un plus bas à 9017,11 points et un plus haut à 9115,63 points. Le SLI a cédé 1,35% à 1478,32 points et le SPI 1,25% à 10'767,08 points. Sur les 30 valeurs vedettes, Lonza (+0,4%) est le seul gagnant.

Les trois plus gros perdants du jour sont Aryzta (-14,4%), Vifor (-2,6%) et Swatch (-2,5%).

Selon un analyste de la Banque cantonale de Zurich, il y a pour les actionnaires d'Aryzta un danger de perte totale. Une augmentation de capital, la vente prévue de la participation dans Picard et une baisse des coûts pourraient ramener de la stabilité. Un élément positif serait le maintien de bonnes marges de bénéfices.

Vifor a souffert d'une rétrogradation à "reduce" par Kepler Cheuvreux, après les chiffres semestriels de mercredi. L'analyste juge les déclarations concernant le prometteur Veltassa décevantes. La direction a estimé les ventes annuelles de ce dernier à 89 millions de francs, 11% de moins que les projections initiales.

Les bancaires Julius Bär (-2,0%), UBS (-2,2%) et Credit Suisse (-2,4%) font aussi partie des gros perdants. Elles ont été plombées par les craintes en relation avec l'escalade du conflit qui a éclaté entre les Etats-Unis et la Turquie et a fait plonger la livre turque.

Les deux grandes banques sont toutefois peu exposées à la Turquie. Dans son rapport annuel, UBS a articulé le chiffre de 552 millions de francs dont la plupart sous forme de crédits et Credit Suisse n'a pas donné de montant, mais indiqué que la Turquie ne fait pas partie des 16 plus grandes expositions internationales dans un rapport au régulateur de la Bourse américaine.

Selon un article du Financial Times, la Banque centrale européenne (BCE) s'inquiète d'une éventuelle contagion de cette crise monétaire à certaines banques européennes très présentes en Turquie.

Au lendemain de ses chiffres, Adecco (-1,8%) a encore été pénalisé pour avoir franchement déçu les observateurs la veille avec ses résultats sur les six premiers mois de l'année. Pas moins de 5 analystes ont réduit l'objectif de cours avec des recommandations maintenues entre "hold" et "strong buy".

Les poids lourds Novartis (-0,9%), Roche (-0,8%) et Nestlé (-1,5%) n'ont pas pu jouer leur rôle défensif et n'ont été d'aucun secours pour l'indice.

Sur le marché élargi, la porteur Dätwyler a chuté de 5,5%, malgré des revenus semestriels conformes et un bénéfice net sensiblement supérieur aux projections des analystes. La rentabilité opérationnelle en revanche n'a pas été à la hauteur.

Le conglomérat diversifié zurichois Conzzeta (+3,4%) a présenté des résultats inespérés sur la même période.

La Banque cantonale bernoise (-1,0%) a essuyé un tassement généralisé de ses indicateurs de performance, à l'exception du bénéfice net. Le directeur général passera la main en fin d'année prochaine.

rp/al

(AWP / 10.08.2018 18h15)
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