Brésil: accusé d'entrave à la justice, Temer tente de sauver sa tête

Le président brésilien Michel Temer quitte la résidence officielle du Palais Jaburu vers le palais Planalto à Brasilia, le 19 mai 2017 / © AFP / EVARISTO SA
En pleine tourmente et accusé d'obstruction à la justice, le président brésilien Michel Temer résistait vendredi aux appels à la démission, manoeuvrant pour éviter la défection de ses alliés politiques.

Dans une demande d'ouverture d'enquête contre le président auprès de la Cour suprême, le procureur général Rodrigo Janot affirme que le chef de l'État, en collaboration avec plusieurs hommes politiques influents, a essayé d'"empêcher l'avancée" de l'opération "Lavage express", l'enquête tentaculaire ayant révélé le méga-scandale de corruption Petrobras.

Cette demande d'enquête, rendue publique vendredi, s'appuie sur un accord noué avec la justice par le magnat de l'agroalimentaire Joesley Batista, dont les révélations explosives ont déclenché un véritable séisme.

Le président a été enregistré à son insu par cet homme d'affaires, propriétaire du géant de la viande JBS et de la célèbre marque de tongs Havaianas, qui l'aurait piégé en train de donner son accord pour le versement de pots-de-vin.

Ces dessous-de-table, révélés mercredi soir par le journal O Globo, viseraient à acheter le silence d'Eduardo Cunha, ancien patron de la chambre des députés, aujourd'hui en prison pour son implication dans le scandale Petrobras.

La Cour suprême a rendu l'enregistrement public jeudi soir, peu après avoir donné son feu vert à l'ouverture d'une enquête contre le président.

Après avoir eu accès à son contenu, M. Temer s'est confié au site G1, affichant une confiance inébranlable: "La montagne a accouché d'une souris, je vais sortir de cette crise plus vite qu'on ne le croit".

Onde de choc

Pourtant, l'étau se resserre de plus en plus, avec la divulgation vendredi par cette même Cour suprême de l'ensemble du contenu des confessions de M. Batista et d'autres cadres de JBS.

L'une d'elles évoque le versement de 15 millions de réais (4,6 millions de dollars au taux actuel) en 2014, "en échange de faveurs" pour l'entreprise.

Au-delà de M. Temer, ces dénonciations mettent en cause un grand nombre d'hommes politiques de premier plan, dont l'ancien président de gauche Luis Inacio Lula da Silva (2003-2010) et sa dauphine Dilma Rousseff (2010-2016).

Ils auraient reçu au total 150 millions de dollars sur neuf ans, sur des comptes à l'étranger, pour financer leurs campagnes électorales respectives. Lula est déjà visé par cinq procédures judiciaires dans le cadre de l'opération "Lavage express".

L'onde de choc pourrait être au moins aussi dévastatrice que celle occasionnée par les confessions d'anciens cadres du géant du bâtiment Odebrecht, qui ont motivé des enquêtes contre de nombreux parlementaires et plusieurs ministres du gouvernement Temer.

Même si le président se refuse catégoriquement à démissionner, certains ont déjà abandonné le navire, comme le ministre de la Culture Roberto Freire, qui a quitté son poste jeudi.

Vendredi, l'heure était aux grandes manœuvres et le président a réuni plusieurs ministres. "Le président lui-même participe aux négociations avec ses alliés" politiques, ont révélés des sources présidentielles.

Éditorial au vitriol

Mais la tache s'annonce particulièrement ardue. Signe que le vent commence vraiment à tourner en sa défaveur, le journal O Globo, qui auparavant soutenait les mesures d'austérité du gouvernement pour tenter de sortir le pays de la crise économique, a publié vendredi après-midi un éditorial au vitriol demandant la démission du président.

"Tout citoyen conscient de ses obligations se doit de reconnaître que le président a perdu toute condition morale, éthique, politique et administrative de gouverner", dénonce le texte.

La pression populaire peut aussi constituer un facteur déterminant. Jeudi soir, les cris de "Temer Dehors" de milliers de Brésiliens retentissaient dans les rues de plusieurs grandes villes. D'autres grandes manifestations sont prévues dimanche.

Ce mouvement a reçu le soutien de poids de Joaquim Barbosa, premier noir à avoir été président de la Cour suprême. "Il n'y a pas d'autre issue: les Brésiliens doivent se mobiliser, descendre dans les rues et revendiquer avec force la démission immédiate de Michel Temer", a-t-il affirmé sur Twitter.

Plusieurs motions de destitution ont été déposées par des parlementaires d'opposition, mais la procédure est longue et nécessite la majorité des deux tiers à la Chambre des députés puis au Sénat.

C'est par le biais de cette procédure que M. Temer est arrivé au pouvoir, il y a un an, après la destitution de Dilma Rousseff, dont il était le vice-président.

Il pourrait par ailleurs être forcé de quitter le pouvoir s'il est condamné par le Tribunal supérieur électoral (TSE), qui juge à partir du 6 juin des irrégularités dans le financement de sa campagne aux côtés de Mme Rousseff en 2014.



(©AFP / 19 mai 2017 22h49)
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