Brexit : sans accord, le Royaume-Uni ne veut pas payer toute la facture du divorce

Londres - Le ministre du Brexit, Dominic Raab, a de nouveau prévenu jeudi que Londres ne règlerait pas à l'UE l'intégralité de la facture du divorce sans accord sur le Brexit, appelant le bloc européen à faire preuve de "pragmatisme" pour éviter un tel scénario.

L'une des conséquences d'une absence d'accord, "c'est qu'évidemment, nous ne paierons pas la somme qui a été convenue dans le cadre de l'accord de retrait", a déclaré le ministre sur les ondes de la BBC, évoquant l'accord préliminaire conclu en décembre entre Européens et Britanniques portant sur le paiement par Londres de quelque 39 milliards de livres (44 milliards d'euros).

Certes, le Royaume-Uni "reconnaîtra ses obligations strictement légales" vis-à-vis de l'Union européenne, a-t-il poursuivi. Mais le montant final qui sera réglé sera "significativement plus bas" que celui fixé en décembre.

"Ce n'est ni une menace, ni un ultimatum, c'est un constat", a-t-il ajouté. "Je ne dis rien que je n'aie pas dit dans la salle de négociations et que je ne dirais pas directement à nos amis et partenaires de l'UE".

Londres et Bruxelles sont censés parvenir à un accord d'ici au sommet européen des 18 et 19 octobre pour pouvoir organiser leur divorce, prévu pour le 29 mars, mais les négociations traînent, suscitant des craintes d'une absence d'accord. L'UE a ouvert la porte à une prolongation des négociations jusqu'à mi-novembre.

Dominic Raab a estimé qu'une absence d'accord était "peu probable", mais que si c'était le cas, l'UE n'aurait pas la possibilité de choisir "à la carte" les éléments de la négociation qui lui conviennent, en l'occurrence le règlement de la facture.

Cette formule rappelle celle employée par les Européens, qui insistent régulièrement sur le fait que les Britanniques ne peuvent choisir "à la carte" dans les règles de l'UE pour préparer un accord de sortie. C'est notamment le cas pour le plan de "Chequers" de la Première ministre Theresa May, prévoyant la création d'une zone de libre-échange pour les biens industriels.

Le Royaume-Uni désire parvenir à un bon accord, a insisté M. Raab, mais "cela requerra de nos amis européens qu'ils égalent les ambitions et le pragmatisme dont nous avons fait preuve".

Pour Nathalie Loiseau, la ministre française des Affaires européennes, le pragmatisme est au contraire du côté européen et l'UE ne dérogera pas à ses principes pour parvenir à un accord.

"Le Brexit résulte du choix commun d'une nation souveraine. Nous le regrettons autant que nous le respectons", a-t-elle déclaré jeudi dans une intervention au centre de réflexion Chatham House, à Londres. "C'est pourquoi il n'y a aucune raison pour l'UE de modifier ses règles et principes, juste parce qu'un Etat membre part".

"Le Brexit aura nécessairement un coût. (...) Il n'est simplement pas possible d'avoir une situation gagnant-gagnant pour les deux parties", a-t-elle prévenu.

"Le Royaume-Uni défend ses intérêts, comme l'UE" défend les siens, a dit la ministre. "Je ne veux pas que le Brexit aboutisse sans accord" mais "je ne veux pas non plus de mauvais accord".

L'UE se prépare à l'éventualité d'une absence d'accord qui, a-t-elle reconnu, pourrait se traduire par des Eurostar et des avions refoulés du sol français après le Brexit. "Allons (...) Ce n'est dans l'intérêt de personne que cela arrive", a rétorqué Downing Street.

Le Brexit sera au menu d'un sommet informel européen le 20 septembre à Salzbourg (Autriche).

(©AFP / 13 septembre 2018 15h49)
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