Budget 2015: le ton monte entre Bruxelles et Rome

Bruxelles - Le président sortant de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a vivement critiqué jeudi l'initiative italienne de publier une lettre émanant de ses services demandant des précisions à Rome sur son projet de budget 2015 qui pointe une déviation importante en terme d'objectifs budgétaires.

A quelques heures d'un sommet européen, l'Italie a décidé de publier jeudi la lettre du commissaire Jyrki Katainen (Affaires économiques) concernant le projet de budget italien. Une décision unilatérale dénoncée à Bruxelles.

Outre l'Italie, quatre autres pays de la zone euro ont reçu des courriers de Bruxelles: la France, l'Autriche, la Slovénie et Malte. Seule l'Italie a rendu public le document.

Nous répondrons à un certain nombre d'informations, mais vous savez quel est l'objectif de la France: Que la croissance soit prioritaire, a réagi le président français François Hollande à son arrivée au sommet européen à Bruxelles.

Rien ne nous fera dévier de cet objectif. Cela vaut pour l'interprétation de notre propre budget, qui respectera les règles avec un maximum de flexibilité, mais aussi pour l'objectif de croissance, a-t-il ajouté.

Le cas de la France est particulièrement sensible. Le projet de budget français prévoit en effet un déficit à 4,3% du PIB en 2015, loin des 3% auxquels Paris s'était engagé. Même en terme structurel (sans les effets de la conjoncture), le compte n'y est pas, avec un effort de seulement 0,2%.

La Commission européenne n'est pas favorable à la publication de la lettre italienne, car nous sommes en train de poursuivre des consultations informelles avec différents gouvernements. Nous pensons que c'est mieux d'avoir ce genre de consultations dans une ambiance de confiance, a déclaré M. Barroso lors d'une conférence de presse.

Nous avons l'obligation légale de communiquer aux gouvernements lorsqu'il y a des doutes concernant la conformité des budgets avec les règles européennes, a-t-il souligné.

Dans le courrier en date du 22 octobre, la Commission européenne demande à Rome d'expliquer d'ici vendredi les raisons de ce dérapage budgétaire, et comment il entend faire pour respecter les règles budgétaires.

Le projet de budget italien prévoit un déficit sous la barre des 3%, contrairement à la France, mais l'effort structurel est insuffisant au vu des critères européens. Rome négocierait en coulisses un compromis sur l'effort structurel entre 0,25% et 0,3% (au lieu des 0,1% annoncés), selon la presse italienne. L'idée est que personne ne perde la face, ni au gouvernement ni à la Commission, estimait mercredi le quotidien La Repubblica.

Les services techniques du ministère de l'Economie et des Finances sont déjà en contact avec la direction ECFIN à Bruxelles, et le gouvernement est en contact avec la Commission européenne. Le gouvernement italien répondra à la demande de clarification d'ici demain, a indiqué le Trésor italien.

Mercredi prochain, la Commission pourrait demander à plusieurs Etats de la zone euro de revoir leur projet de budget si elle constate des manquements graves en terme budgétaire ou de réformes, ce qui n'est encore jamais arrivé.

C'est un exercice qui doit être fait avec du sérieux et pas en terme de bataille. Si l'esprit est celui des batailles, nous serons tous perdants, a affirmé M. Barroso, qui a promis d'user de toutes les flexibilités existant dans le pacte de stabilité, le carcan budgétaire européen. Je suis pour l'application des règles mais avec le maximum possible de flexibilité, a-t-il dit, à quelques jours de la fin de son mandat le 31 octobre.

(©AFP / 23 octobre 2014 16h32)