Canada: aide fédérale de 1,2 milliard de dollars à l'industrie pétrolière

Ottawa - Le gouvernement du Canada a annoncé mardi un plan d'aide de 1,2 milliard de dollars américains à l'industrie pétrolière et gazière, espérant atténuer les conséquences de la faiblesse prolongée des cours des hydrocarbures produits dans l'ouest du pays.

Ottawa va débourser 1,6 milliard de dollars canadiens (1,04 milliard d'euros) afin de combler les "fonds de roulement" des groupes pétroliers et gaziers éligibles, leur permettre d'"explorer de nouveaux marchés" et les soutenir "face à l'incertitude actuelle des marchés", selon un communiqué du gouvernement fédéral de Justin Trudeau.

Ce programme de soutien exceptionnel intervient alors que quelque 35 millions de barils attendent dans la province d'Alberta d'être exportés, en raison de l'engorgement des oléoducs nord-américains et de la surabondance de l'offre.

Ces fonds publics s'ajoutent aux cinq milliards de dollars canadiens (3,3 milliards d'euros) débloqués cet été par le gouvernement Trudeau pour nationaliser un oléoduc controversé reliant les champs pétroliers de l'Alberta au port de Vancouver, mais dont les travaux d'agrandissement patinent.

Face à la saturation du réseau nord-américain d'oléoducs, la province d'Alberta a décidé récemment d'acquérir des milliers de wagons-citernes et le gouvernement fédéral a annoncé mardi que les nouveaux fonds pourraient participer au financement de cette alternative ferroviaire.

"L'industrie pétrolière et gazière est cruciale pour l'économie du Canada", a souligné le ministre des Ressources naturelles du Canada, Amarjeet Sohi.

Le Canada dispose des troisièmes réserves d'or noir de la planète mais est extrêmement dépendant des États-Unis pour exporter sa production.

Ces derniers mois, le pétrole américain s'est vendu bien plus cher que le pétrole canadien, forçant l'Alberta à annoncer début décembre une réduction de 8,7% de sa production pétrolière en 2019 pour freiner la chute des cours.

Pas en arrière

Cette nouvelle aide fédérale s'ajoute aux nombreuses subventions accordées au secteur énergétique par Ottawa et les provinces canadiennes. En mars, l'Institut international du développement durable (IISD) avait estimé que quelque 3,3 milliards de dollars canadiens d'aides publiques (fédérale et provinciales) ont été versées chaque année au Canada aux hydrocarbures, pour leur extraction et leur consommation, entre 2013 et 2015.

Le chef de l'opposition conservatrice, Andrew Scheer, a estimé que cette aide "n'est rien de plus qu'une tentative désespérée de faire croire aux Canadiens de l'ouest" que le Premier ministre libéral Justin Trudeau "se soucie d'eux en cette année d'élections". Les Canadiens sont en effet appelés aux urnes à l'automne 2019 lors d'un scrutin imprévisible: dans les sondages, libéraux et conservateurs sont au coude-à-coude.

Les groupes environnementalistes ont immédiatement dénoncé cette mesure du gouvernement de Trudeau, annoncée quelques jours après la clôture de la 24e Conférence climat de l'ONU (COP24) qui a vu l'adoption de règles devant permettre de freiner le réchauffement climatique.

"Au retour de la COP24 où le Canada s'est voulu le promoteur des objectifs ambitieux pour tous, il est plus qu'incompréhensible que des investissements visant à augmenter l'exportation d'une source d'énergie sale soient encore considérés sur le plan national", a déploré l'ONG Équiterre, appelant dans un communiqué à "être cohérent" avec les "objectifs ambitieux de réduction des GES" défendus à l'étranger.

Pour Greenpeace, "le gouvernement Trudeau montre son vrai visage en offrant un nouveau cadeau aux riches pétrolières alors qu'il s'était engagé à cesser de les subventionner". L'organisation écologiste, dans une déclaration à l'AFP, juge que "c'est un autre pas en arrière alors que le Canada est en voie de rater complètement sa cible de réduction des GES pour 2030 et d'ainsi renier ses engagements climatiques".

(©AFP / 18 décembre 2018 21h00)