Chiites ciblés par l'armée au Nigeria: l'Iran proteste

Téhéran - L'Iran a officiellement protesté auprès du Nigeria après l'assaut donné dans ce pays par l'armée contre des chiites à Zaria (nord) et le président iranien a appelé son homologue nigérian, selon les médias iraniens.

L'Iran, grande puissance chiite, apporte généralement son soutien aux minorités chiites à travers le monde.

Le président iranien Hassan Rohani a appelé son homologue nigérian Muhammadu Buhari au téléphone pour affirmer qu'il ne fallait pas permettre que des différends mineurs se transforment en divergences profondes entre les musulmans.

Il a aussi demandé des informations sur le sort du chef des musulmans chiites nigérians, la création d'une commission d'enquête sur les incidents du week-end et des mesures de la part du gouvernement nigérian pour apaiser les victimes et ramener le calme.

Lundi soir, le chargé d'affaires du Nigeria a été convoqué à Téhéran au ministère des Affaires étrangères qui a exigé des autorités nigérianes qu'elles fassent immédiatement la lumière sur les violences à Zaria, soignent les blessés et compensent (les victimes) des dégâts matériels, selon l'agence officielle Irna.

L'agence rapporte en outre que le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a téléphoné à son homologue nigérian, Geoffrey Onyeama, pour lui demander que son gouvernement agisse immédiatement et sérieusement pour éviter la violence contre les chiites du Nigeria.

Quelques dizaines de personnes se sont par ailleurs rassemblées mardi devant l'ambassade du Nigeria à Téhéran pour protester contre le massacre des chiites, alors qu'une autre manifestation réunissait une centaine d'étudiants dans une des universités de la capitale, selon des médias.

L'armée a donné l'assaut samedi et dimanche à Zaria contre les militants du Mouvement islamique du Nigeria (MIN, chiite et pro-iranien), les accusant d'avoir tenté d'assassiner le chef d'état-major des armées nigérian.

L'armée a attaqué et détruit une mosquée et la maison du chef du MIN, le cheikh Ibrahim Zakzaky, qui était défendue par des centaines de militants.

Le chef du MIN a été gravement blessé lors de l'assaut et se trouvait lundi dans un état critique, selon le médecin qui le soigne à Kaduna (nord du Nigeria). Son épouse et l'un de ses fils ont été tués, ainsi que le numéro 2 du mouvement, Muhammad Turi, selon le porte-parole du MIN.

L'assaut aurait fait de nombreuses victimes, mais aucun bilan précis n'a été donné, l'armée ayant seulement fait état dimanche de pertes humaines.

Les relations entre les autorités nigérianes et le MIN, qui milite pour l'instauration d'une République islamique à l'iranienne, sont tendues depuis longtemps et le cheikh Zakzaky a déjà été emprisonné plusieurs fois.

Le nord du Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, est majoritairement musulman sunnite. Les chiites n'y forment qu'une petite minorité qui sont également la cible d'attaques du groupe islamiste sunnite Boko Haram.

(©AFP / 15 décembre 2015 19h47)
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