Comarch, la success story polonaise, s'exporte en France

Cracovie (Pologne) - Le groupe informatique polonais Comarch a annoncé l'ouverture en septembre à Lille de son quatrième centre de données, nouvelle preuve du dynamisme de la société née en 1992 avec quatre salariés, et qui en emploie aujourd'hui 5.300 dans 28 pays.

"Nous sommes la plus grande société européenne la moins connue", rit son fondateur et patron, l'ex-universitaire Janusz Filipiak, 64 ans, recevant un groupe de journalistes français sur l'immense campus de son entreprise, situé dans la zone économique spéciale de Cracovie.

En 2015, le ranking Truffle 100 des vendeurs de logiciels la plaçait en 43e position en Europe, alors que son grand rival polonais, Asseco, était classé 6e.

Mais Comarch grandit vite. Et affiche une liste de clients qui va d'ExonMobil à Danone, en passant par l'Oréal, Auchan et Bureau Vallée. Editeur de logiciels, intégrateur et hébergeur, il a pratiquement doublé son chiffre d'affaires en dix ans, passant de 126 millions d'euros en 2006 à 254 millions en 2016.

Il est présent en France depuis 2005, à Lille (près du centre nerveux d'Auchan, gros client important) et à Grenoble, avec au total 70 salariés. S'il y implante maintenant un centre de données, après ceux en Pologne et en Allemagne, c'est pour être plus proche de ses clients français, mais aussi répondre à la préoccupation croissante des Etats qui veulent garder les données personnelles de leurs citoyens sur le territoire national.

Progiciels de gestion (ERP), programmes de fidélisation, télécoms, objets connectés et télémédecine... et enfin les smart cities (villes intelligentes): le groupe est très diversifié et fabrique, autant que faire se peut, le matériel utilisé par ses clients.

La concurrence des grands acteurs du secteur ne fait peur à Janusz Filipiak. "Dans le business nous sommes plus agressifs que les Américains" et "plus énergiques que les Allemands", assène-t-il. En France, "j'ai été surpris de trouver des jeunes qui en veulent vraiment", déclare l'industriel, passé dans les années 80 par les laboratoires de France Télécom à Paris.

- Télémédecine -

Patron à poigne et sûr de son jugement - une fresque dans l'entrée d'un bâtiment de Comarch le présente à côté d'Einstein et de Newton - il détient, avec sa femme, environ 40% des actions du groupe, dont des actions privilégiées, qui lui assurent le contrôle complet.

"On dit souvent qu'il devrait déléguer certaines décisions, d'autant qu'il habite la plupart du temps en Suisse, reconnaît un cadre qui préfère garder l'anonymat. Mais comme il se trompe rarement..."

Voyant dans la télémédecine un secteur d'avenir, il crée en 2011 un cabinet médical, puis une "e-clinique" avec un centre de surveillance à distance de patients, surtout de personnes âgées et de femmes enceintes.

Trois infirmiers ne lèvent pas les yeux des écrans sur lesquels ils suivent en temps réel le rythme cardiaque - y compris celui des embryons dans le ventre de leur mère - ou la pression artérielle de patients qui se trouvent chez eux, portant des appareils - holters ou "hubs médicaux" - fabriqués par Comarch.

Récemment, un habitant de Suwalki - à 600 km de Cracovie - a eu la vie sauve, car l'aggravation de son état cardiaque a été immédiatement détectée chez Comarch, racontent avec satisfaction les infirmiers.

Reste que pour le moment le secteur "santé" est loin de devenir rentable, à part le cabinet qui emploie 90 médecins spécialistes. "J'ai investi 50 millions d'euros dans ce domaine, reconnaît Filipiak. Cette année, j'y mets dix millions".

Comarch travaille notamment sur un projet pilote baptisé "Health city", destiné à améliorer les soins médicaux des citadins de la naissance à la mort. Cinq villes polonaises ont déjà adhéré à ce projet financé en partie par l'Etat.

via/bo/boc

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(©AFP / 27 avril 2017 12h36)
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