Conférence environnementale: nouveau test de l'ambition verte du gouvernement

Paris - La 4e conférence environnementale, qui aura lieu lundi et mardi, sera une nouvelle occasion de tester l'ambition écologique du gouvernement, les ONG et les Verts étant remontés contre la gestion des dossiers de Notre-Dame-des-Landes et de la transition énergétique.

Trois jours après avoir signé à New-York l'accord de Paris sur le climat, François Hollande accueillera ONG, élus, ministres, syndicats et patronat lundi matin à l'Elysée dans une ambiance a priori bien moins enthousiaste que celle de vendredi au siège des Nations unies.

Cela ne doit pas être une conférence environnementale pour rien, prévient Pascal Canfin, ex-ministre écologiste du gouvernement Ayrault, aujourd'hui directeur général du WWF France. Mais quand on regarde les propositions sur la table, c'est très léger, il va falloir les étoffer sur la programmation pluriannuelle de l'énergie, la fiscalité, et Notre-Dame-des-Landes, dit-il.

La programmation pluriannuelle de l'énergie est un document qui doit détailler la part des différentes énergies (nucléaire, renouvelables, etc.) dans les prochaines années, afin d'atteindre les objectifs de la loi sur la transition énergétique (réduction de la consommation d'énergie et des émissions de gaz à effet de serre, baisse de la part des énergies fossiles et nucléaire).

Sans ce document opérationnel, la loi votée en aout 2015 restera une déclaration d'intentions.

Mais baisser la part du nucléaire de 75 à 50% en 2025 dans la production d'électricité implique de fermer des réacteurs et le gouvernement ne cesse de repousser la publication de cette feuille de route, désormais promise d'ici au 1er juillet.

Sur le nucléaire, il faut assumer qu'il faudra fermer des centrales, il ne faut pas refaire le débat sur la transition énergétique qui a duré trois ans (débat national et discussion au Parlement), plaide Denis Voisin, le porte-parole de la Fondation Hulot.

- Notre-Dame-des-Landes surdimensionné -

La gestion du projet contesté d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes a aussi braqué le camp écologiste. L'organisation d'un référendum local en juin ne va pas clore le débat, estiment les ONG, qui contestent le périmètre de la consultation (la Loire-Atlantique) et la pertinence économique du projet, en plus de son impact environnemental et sa cohérence avec des objectifs de la COP21.

D'autant qu'un récent rapport de synthèse commandé par Ségolène Royal a jugé le projet surdimmensionné et apporté du grain à moudre aux opposants.

Notre-Dame-des-Landes illustre les renoncements, les impasses de la politique environnementale de ce gouvernement, estime Denez L'Hostis, président du réseau France nature environnement (FNE). Nous sommes bien loin de l'excellence environnementale, soupire le dirigeant.

Lors de la première conférence de ce type, en septembre 2012, François Hollande avait affirmé vouloir faire de la France la nation de l'excellence environnementale, suscitant beaucoup d'attentes.

Mais près de quatre ans plus tard et malgré le succès de la COP21, les écologistes ont déchanté.

Les deux textes législatifs emblématiques ont pris du retard (3/4 des décrets sur la transition énergétique doivent encore être publiés, et la loi sur la biodiversité n'est toujours pas votée).

Il faut passer du succès diplomatique (sur le climat) aux actions, en adaptant nos outils fiscaux et notre politique économique, il s'agit d'être cohérent, avance Julien Bayou, porte-parole d'EELV.

Sur le verdissement de la fiscalité, en dépit d'avancées (début d'un rattrapage essence-gasoil, création d'une taxe carbone sur les carburants), la France est toujours parmi les mauvais élèves en Europe, note Lorelei Limousin du Réseau action climat.

Pour donner des gages, le gouvernement veut aborder lors des tables rondes de lundi et mardi le prix du carbone, la gestion des espaces maritimes, la sensibilisation des citoyens à la transition écologique, l'amélioration de la qualité de l'eau, ainsi que les liens entre environnement et santé (pesticides, perturbateurs endocriniens, nanomatériaux).

Tout juste rentrée de dix jours aux Etats-Unis pour préparer la signature de l'accord sur le climat, Ségolène Royal, la ministre de l'Environnement et de l'Energie, donnera lundi le coup d'envoi des travaux, avant le discours de François Hollande en fin de matinée. Sans la CGT qui a décidé de boycotter l'évènement.

La clôture des débats aura lieu mardi en début d'après-midi au ministère de l'Ecologie.

(©AFP / 23 avril 2016 13h20)
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