Dans un G20 plombé par les tensions Russie-Occident, Obama met le climat au coeur du débat

Brisbane (Australie) - Le président américain Barack Obama a tenté de placer à Brisbane le changement climatique au coeur des débats d'un G20 qui s'est ouvert à l'ombre des rodomontades diplomatiques entre la Russie et l'Occident.

L'Australie, qui accueille les chefs d'Etat et de gouvernement des pays les plus puissants du monde jusqu'à dimanche, n'a pas fait de l'environnement une priorité du sommet.

Mais Barack Obama, qui surfe sur les questions climatiques depuis l'annonce d'un accord remarqué avec la Chine annoncé mercredi pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, en a décidé autrement.

Si la Chine et les Etats-Unis peuvent se mettre d'accord à ce propos, alors le monde peut trouver un accord, a déclaré M. Obama à l'université de Brisbane. Dans le même discours, il a annoncé une contribution de trois milliards de dollars au fonds vert de l'ONU pour le climat.

Multipliant les effets de manches devant un auditoire conquis, Barack Obama a été chaleureusement applaudi.

Un atmosphère joyeuse qui risque de contraster avec celle des débats des chefs d'Etat et de gouvernement, tant les tensions entre la Russie et l'Occident pèsent sur ce sommet.

Depuis vendredi, plusieurs pays occidentaux s'en sont pris à la Russie de Vladimir Poutine.

Les Etats-Unis s'opposent à l'agression russe de l'Ukraine, qui est une menace pour le monde, a déclaré M. Obama.

Restaurer la gloire perdue du tsarisme ou de l'URSS

Vendredi, le Premier ministre australien, Tony Abbott, avait accusé M. Poutine de vouloir restaurer la gloire perdue du tsarisme ou de l'Union soviétique, alors que David Cameron a stigmatisé une Russie qui agresse des pays plus petits qu'elle.

Le tabloïd australien Courier Mail résumait la situation en étalant samedi en une un ours arborant la médaille soviétique de l'ordre de la guerre patriotique... face à un kangourou boxeur.

En recevant samedi matin ses homologues, M. Abbott a tenté d'alléger un peu l'atmosphère de ce sommet qui dure jusqu'à dimanche dans cette ville de l'est de l'Australie, dont le coeur au bord de la Brisbane River a été transformé en camp retranché survolé d'hélicoptères, et où quelques centaines d'opposants ont manifesté pacifiquement contre le G20.

Si nous pouvions utiliser les prénoms (pour nous parler), ce serait bien, parce que quels que soient les désaccords, je pense que cela aide s'il y a au moins de la chaleur humaine entre nous, a-t-il suggéré.

Il les a ensuite conviés à déjeuner autour d'un barbecue sous trois tentes blanches, agrémenté de la musique de deux guitaristes.

Selon le plan de table, Vladimir Poutine n'était pas assis avec ses plus virulents opposants, mais déjeunait avec Angela Merkel et Dilma Rousseff, entre autres. Lors d'un spectacle organisé dans l'après-midi, il a échangé quelques rires avec le président sud-africain Jacob Zuma.

François Hollande s'est retrouvé lui aussi au coeur de l'empoignade puisque Moscou lui a adressé un ultimatum, lui donnant 15 jours pour livrer le bateau de guerre Mistral commandé par la Russie à la France, et qui empoisonne les relations des deux pays.

M. Hollande et M. Poutine doivent se rencontrer en tête à tête samedi à 08h00 GMT.

- Relancer l'économie -

Sur les questions économiques, coeur traditionnel des G20, les pays membres - représentant 85% de la richesse mondiale - devraient entériner un plan visant à accélérer la croissance de leur PIB au-delà de sa trajectoire actuelle, alors que l'économie mondiale ralentit sa progression et que les Etats-Unis sont la seule zone qui gagne en puissance.

On ne peut pas s'attendre que les Etats-Unis portent l'économie mondiale sur leur dos, a déclaré M. Obama. Ici donc, à Brisbane, le G20 a la responsabilité d'agir, de stimuler la demande, d'investir davantage dans les infrastructures et de créer des emplois pour les gens de tous nos pays.

Le communiqué final pourrait aussi mentionner les risques provoqués par Ebola et l'organisation de l'Etat islamique (EI).

Sur le dossier sensible de la fiscalité - quelques jours après les révélations du Luxleaks sur les pratiques fiscales du Luxembourg permettant à des multinationales de limiter leurs impositions -, le G20 devrait entériner les avancées dans l'échange automatique de données bancaires et le premier volet du plan de l'OCDE pour lutter contre l'optimisation fiscale.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre du Luxembourg, a subi un feu nourri de questions sur sa légitimité après le Luxleaks.

Je pense véritablement que nous devons tous lutter contre l'évasion fiscale au niveau international, a-t-il répondu.

(©AFP / 15 novembre 2014 07h13)