Décès de Constantin Melnik, figure des services secrets français

Paris - Figure des services secrets français, notamment durant la guerre d'Algérie, Constantin Melnik, est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à Paris, à l'âge de 86 ans, a annoncé lundi sa famille.

Personnage hors du commun, ce spécialiste du renseignement a été l'éminence grise du Premier ministre Michel Debré auprès duquel il était chargé de la coordination des services secrets de janvier 1959 à avril 1962.

Son origine russe lui vaudra le surnom de Sdece tartare (le Sdece était le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, nom des services secrets français de l'époque).

Constantin Melnik fut, dira-t-il dans un livre, une sorte de vice-Premier ministre qui acceptait de s'occuper de tous les problèmes déplaisants dans la lutte contre le FLN (Front de Libération nationale, le mouvement indépendantiste algérien) et contre l'OAS (Organisation armée secrète, organisation clandestine française qui refusait l'indépendance).

Dans son livre La mort était leur mission, il expliquait en 1996 que La pression de la guerre, une certaine sacralisation du gaullisme et l'incompréhension du rôle que doivent jouer les services secrets ont alors amené notre pays (France) aux frontières inquiétantes entre la vertu et le crime.

Homme de l'ombre, il fut l'initiateur de contacts secrets avec la délégation algérienne, prémices des accords d'Evian, qui ont mis fin le 18 mars 1962 à la guerre d'Algérie. Il connaîtra tout des pourparlers secrets entre représentants algériens et français.

Constantin Melnik avait également été le premier responsable à soutenir, en 1988, que 100 manifestants étaient morts du fait des exactions de la police lors de la répression de la manifestation du FLN du 17 octobre 1961 à Paris. Jusqu'à cette date, le bilan officiel était de 3 morts et 64 blessés.

Né en 1927 à La Tronche (Alpes), de parents russes chassés de leur pays par la Révolution de 1917, il était le petit-fils du médecin du tsar Nicolas II, Evgueni Botkine, assassiné en même temps que la famille impériale en juillet 1918 à Ekaterinbourg.

Mais il n'avait découvert la Russie qu'en juillet 1998, lors de l'enterrement de son aïeul aux côtés de la famille impériale, à Saint Pétersbourg. Son voyage avait fait l'objet d'un film, Le Tsar, le docteur du Tsar et l'espion.

Major de l'Institut des sciences politiques (Sciences-Po) de Paris, il avait intégré les services spéciaux par le biais de ses recherches sur l'Union soviétique. Ma motivation principale était l'anticommunisme, expliquait-il en 1994.

Constantin Melnik a notamment publié Des services très secrets, l'Agence et le Comité, sur la CIA et le KGB, Un espion dans le siècle, ou encore Politiquement incorrect. Son dernier livre Espionnage à la française était paru en 2012.

(©AFP / 15 septembre 2014 19h57)
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