Des "gilets jaunes" dénoncent "les mesurettes" de Philippe

Paris - Les annonces d'Édouard Philippe mardi, notamment le moratoire de six mois sur la hausse de la taxe sur les carburants, ne sont que des "mesurettes", ont dénoncé à l'AFP des "gilets jaunes", qui assurent que "les actions vont continuer".

A Brest, cependant, les déclarations du Premier ministre ont été jugées "satisfaisantes" par des manifestants qui ont décidé de lever le blocage du dépôt pétrolier.

Ailleurs, le mécontentement dominait dans les réactions recueillies par l'AFP.

"Le pouvoir essaie de nous endormir. Six mois, c'est rien. Ils font ça pour qu'on lève le camp et rentre chez nous mais on ne va pas bouger. On veut la démission de Macron et tout son gouvernement", affirme Lionel Rambeaux, un soudeur de 41 ans, sur un barrage au Mans.

"Ce sont des mesurettes. On attendait autre chose que des mesures symboliques pour faire baisser d'un palier la colère", soupire à ses côtés Marc Beaulaton, 59 ans, retraité d'EDF.

Le chef du gouvernement a annoncé la suspension pour six mois de la hausse prévue le 1er janvier 2019 de la taxe carbone sur l'essence, le fioul et le diesel, le gel des tarifs du gaz et de l'électricité jusqu'au 31 mars, et la suspension du durcissement du contrôle technique.

Ce moratoire "n'est pas suffisant", a expliqué à l'AFP Benjamin Cauchy, figure des "gilets jaunes" en Haute-Garonne.

Après trois semaines de blocages et de manifestations violentes, "c'est une première étape", a-t-il salué. "C'est la preuve que lorsqu'il y a de la volonté politique, on peut écouter le peuple. Maintenant les Français ne veulent pas des miettes, ils veulent la baguette au complet".

Il réclame "l'annulation des taxes sur le carburant". Et met en avant d'autres revendications du mouvement: "des États généraux de la fiscalité, de façon à remettre à plat les impôts en France" et "une revalorisation des salaires, des pensions d'invalidité et des retraites".

"Nous attendons une nouvelle répartition des richesses en France", a-t-il résumé. Les "gilets jaunes" souhaitent également "la mise en place de la proportionnelle aux législatives et l'instauration de référendums réguliers sur les grands enjeux sociétaux", pour pallier un "manque de représentativité politique".

"Ce n'est pas du tout ce qu'on attendait", a regretté auprès de l'AFP Éric Drouet, l'un des membres historiques les plus connus des "gilets jaunes", appelant à une "revalorisation du Smic et au retour de l'ISF".

Ce chauffeur routier de Melun appelle à "retourner à Paris" samedi, "près des lieux de pouvoirs, les Champs-Élysées, l'Arc de Triomphe, Concorde". "Les gens sont de plus en plus motivés, ils s'organisent, nous serons encore plus nombreux", prédit-il.

"Les actions vont continuer. Globalement rien ne change", abonde à l'AFP Laure, gilet jaune de Bordeaux. "Ce ne sont que des suspensions de mesures qui auraient encore aggravé notre situation", ajoute celle qui gère la communication d'un groupe de "gilets jaunes" de la région bordelaise.

Le moratoire, "c'est de la cacahuète", a réagi sur BFMTV Christophe Chalençon, figure du mouvement dans le Vaucluse. Il a réclamé "un geste très fort", avec une hausse du Smic "de suite, le pouvoir d'achat c'est pas dans trois mois que les gens le souhaitent."

"Il y a une défiance envers le pouvoir politique, majeure", a-t-il ajouté, en réclamant "des représentants au niveau du gouvernement qui sont directement à notre image. Il faut arrêter avec ces énarques que l'on change comme des pions."

(©AFP / 04 décembre 2018 15h21)
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