Dialogue de sourds russo-américain à l'ONU sur la Syrie

Nations unies (Etats-Unis) - Les Etats-Unis et la Russie se sont reproché mutuellement mercredi l'impasse constatée après sept ans de conflit en Syrie, sur les plans militaire et politique, lors d'une réunion publique du Conseil de sécurité.

D'autres membres du Conseil de sécurité, comme la France et la Suède, ont mis en garde contre une extension internationale du conflit, après le premier et récent accrochage israélo-iranien en Syrie.

"Le régime de Bachar al-Assad est devenu une vitrine pour l'Iran et le Hezbollah", milice chiite libanaise, a dénoncé l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley. "L'Iran et le Hezbollah ont des plans, ont l'intention de rester en Syrie", a-t-elle estimé.

Dans un communiqué, la mission diplomatique iranienne à l'ONU s'est élevée contre ces critiques. L'Iran fait "des efforts sincères pour réduire les tensions dans ce pays alors que le gouvernement américain tente de contrecarrer toute tentative de restaurer la stabilité et l'unité en Syrie", dit son texte.

"Nous n'allons pas arriver à la paix si les combats continuent", a aussi affirmé Nikki Haley, accusant Moscou de ne pas agir suffisamment auprès du régime syrien pour faire cesser les attaques, y compris "chimiques", contre la population civile.

"Le régime d'Assad ne souhaite pas parvenir à la paix" et "il faut que la Russie change d'actions pour le convaincre" d'arriver à une solution à ce conflit, a insisté la diplomate américaine.

Certains comportements d'acteurs régionaux et internationaux font craindre "pour la souveraineté de la Syrie", a rétorqué Vassily Nebenzia, son homologue russe. Les Etats-Unis "doivent influencer l'opposition" qu'ils soutiennent "pour qu'elle cesse les combats", a-t-il réclamé, sous le regard fixe de Nikki Haley, les bras croisés.

"Les Syriens ont besoin d'un soutien complet" de l'ONU, a ajouté M. Nebenzia, d'une voix ferme et lente, faisant tournoyer son stylo avec les doigts. Les décisions, notamment relatives à la préparation d'une révision constitutionnelle, "doivent être prises par les Syriens sans influence extérieure", a aussi affirmé l'ambassadeur russe.

L'ambassadeur syrien à l'ONU Bashar Ja'afari a aussi réclamé le respect "de la souveraineté de la Syrie et de son intégrité territoriale".

Staffan de Mistura, émissaire de l'ONU depuis quatre ans pour la Syrie, a appelé à "réduire la tension de manière immédiate", sans évoquer la demande il y a une semaine d'une trêve humanitaire venue des organisations des Nations unies sur le terrain.

Citant le convoi humanitaire arrivé mercredi dans la Ghouta orientale assiégée par le régime, près de Damas, le premier depuis plusieurs mois, M. de Mistura a souligné qu'il représentait "moins de 2%" des besoins "des 390.000 personnes toujours bloquées dans des zones assiégées".

En amont de la réunion, François Delattre, ambassadeur français à l'ONU, a mis en garde contre "un élargissement du conflit et une confrontation régionale et internationale majeure". Ce risque "doit être pris très sérieusement", a-t-il dit à des journalistes.

Discutée entre les quinze membres du Conseil, une résolution réclamant un cessez-le-feu immédiat pour trente jours et un accès humanitaire en Syrie devrait être adoptée au plus tôt, a-t-il estimé. "Nous cherchons un consensus", a assuré Vassily Nebenzia.

Plus de treize millions de personnes, dont près de la moitié d'enfants, ont besoin d'aide humanitaire en Syrie, selon l'ONU.


(©AFP / 14 février 2018 19h51)
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