Electronique: Iten lance la révolution des microbatteries

Dardilly (France) - Ses batteries font 2 millimètres sur 3, parfois moins encore. Elles sont puissantes, rapidement rechargeables, résistantes au chaud comme au froid: sept ans après sa création, Iten a lancé jeudi la production en série d'un composant susceptible de révolutionner le monde de l'électronique.

"C'est une innovation de rupture", se félicite devant quelques journalistes le fondateur de la société Fabien Gaben, en mettant en avant la centaine de brevets protégeant son invention.

"Nous en maîtrisons toute la chaîne de valeur", souligne le directeur des opérations Ian Cayrefourcq, interrogé dans la salle blanche de la société.

Pour passer aussi vite du statut de start-up à celui d'entreprise industrielle, "on a tout fait de A à Z", souligne M. Gaben. Quitte "à développer nous-mêmes nos machines", le plus souvent d'ailleurs avec des entreprises françaises.

Pendant des décennies, les groupes microélectroniques se sont évertués à caser toujours plus de circuits sur leurs puces. Mais on est arrivé aujourd'hui au bout de ce qu'on pouvait faire et les efforts portent désormais sur la réduction de leur consommation électrique, explique M. Gaben, lauréat à deux reprises du Concours mondial d'innovation du ministère de l'Economie.

L'une des caractéristique les plus intéressantes des microbatteries d'Iten, c'est qu'elles peuvent être soudées sur une carte électronique, comme d'autres composants. Une performance car les batteries n'aiment d'ordinaire pas la chaleur... comme le montrent les incendies d'ordinateurs portables.

"Une batterie qui peut être soudée, ça n'existe pas, sauf chez nous", souligne M. Cayrefourcq.

Les entreprises de microélectronique peuvent ainsi les intégrer à leurs composants sans avoir à modifier leurs processus industriels.

Dans l'immédiat, ces microbatteries peuvent remplacer les piles boutons qui garantissent l'alimentation électrique de fonctions vitales des appareils électroniques. Mais les débouchés sont multiples, des pacemakers aux capteurs autonomes et au stockage d'informations biométriques sur les cartes à puces.

- Hypercroissance -

Les microbatteries lithium-ion solides (sans élément liquide) d'Iten peuvent être rechargées en trois minutes à distance (par induction). Elles ne contiennent pas de métaux coûteux et polluants comme le cadmium et les terres rares.

Elles sont formées d'empilements de jusqu'à 50 cellules de quelques microns d'épaisseur - chaque cellule étant constituée de cinq couches accolées (deux collecteurs de courant, une anode, une cathode et un électrolyte solide).

Leur prix varie de quelques dizaines de centimes d'euros à quelques euros.

Pendant toute l'année qui vient, Iten va affiner ses procédés industriels pour arriver à la production visée de 10 millions d'unités, avec un taux de rebut limité à 10-20%.

"Il est important de passer cette étape d'une première production industrielle qui nous permet d'être crédible auprès de nos gros clients, qui sont hyper-exigeants", relève M. Gaben.

"Le vrai décollage des ventes est plutôt prévu pour 2020", selon lui.

Les locaux de Dardilly, qui accueillent actuellement une vingtaine de personnes, pourront à terme produire jusqu'à 50 millions microbatteries par an.

"Dans une deuxième étape, il nous faudra déterminer comment gérer notre croissance, voire l'hypercroissance", souligne le fondateur du groupe.

Sa société, qui a levé une vingtaine de millions d'euros depuis sa création, dispose de finances solides mais "ne s'interdit rien", y compris de réfléchir à une possible entrée en Bourse.

Parmi ses investisseurs, Iten compte les sociétés Eren Groupe du spécialiste des énergies vertes Pâris Moratoglou et le "family office" de la famille Dassault, ainsi que les fonds Demeter Partners, Innovacom et Kreaxi.

(©AFP / 06 décembre 2018 16h54)
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