Espagne: indépendantistes catalans et basques perdent du terrain aux urnes

Madrid - Les indépendantistes basques et catalans ont cédé du terrain lors des élections municipales de dimanche en Espagne, perdant d'importants bastions conquis il y a quatre ans comme Barcelone ou Saint-Sébastien au Pays basque.

La coalition EH Bildu n'est plus la première force municipale au Pays basque.

Rassemblant des partis indépendantistes et de gauche basques, dont les héritiers de Batasuna, considéré par la justice espagnole comme le bras politique de l'ETA, elle a obtenu 896 sièges de conseillers face aux 1.017 décrochés par les nationalistes conservateurs du PNV, selon les résultats définitifs des élections municipales de dimanche.

Quatre ans après avoir profité dans les urnes du renoncement à la violence de l'organisation séparatiste basque ETA, tenue pour responsable de la mort de 829 personnes, EH Bildu a souffert du débat permanent autour de sa politique de gestion des déchets, imposée, selon ses opposants, sans s'assurer du consensus des habitants.

Surtout, Bildu perd sa vitrine de Saint-Sébastien, élégante ville sur la mer qui sera en 2016 capitale européenne de la Culture, où elle est reléguée à la troisième place (six conseillers), derrière le PNV (9) et les socialistes (7) qui pourraient s'allier.

Les indépendantistes perdent aussi les commandes de la province de Guipuzcoa et de municipalités comme Mondragon ou Tolosa.

Nous devons faire preuve d'autocritique car nous n'avons pas été capables d'obtenir assez d'appuis pour continuer à avancer, a admis le secrétaire général de Eusko-Alkartasuna, l'un des formations intégrant Bildu, Peio Urizar.

A Vitoria, capitale administrative du Pays basque, le Parti populaire (PP) garde la majorité avec neuf sièges contre six pour Bildu. Le PNV garde par ailleurs son fief de Bilbao, la capitale économique.

- Barcelone, ville clef -

En Catalogne, la conquête de Barcelone par une candidature alliant plusieurs petits partis de gauche proches du mouvement des indignés, Barcelone en Commun, a déstabilisé la coalition conservatrice CiU du président indépendantiste régional Artur Mas.

CiU reste certes la première force politique de la Catalogne mais perd 110.000 votes par rapport aux élections de 2011, la saignée étant particulièrement forte à Barcelone et dans sa banlieue, où vivent la plupart des 7,5 millions d'habitants de la région.

La perte de Barcelone est sa défaite la plus douloureuse. Xavier Trias, maire CiU depuis 2011, a obtenu dix sièges de conseillers contre onze pour Barcelone en Commun et a reconnu la victoire d'Ada Colau, une militante contre les expulsions de familles surendettées.

Si Barcelone nous tourne le dos, nous ne pourrons pas avancer, avait prévenu Artur Mas vendredi, avant de reconnaître dimanche que son projet indépendantiste était affaibli par la perte de la municipalité.

La chute de CiU dans les urnes est compensée par la progression de deux autres partis indépendantistes de gauche, ERC et CUP, qui voient leurs résultats multipliés respectivement par deux et trois. Le pôle indépendantiste rassemble donc pratiquement 1,4 million de voix contre 992.000 pour les partis anti-sécession.

Mais la marée souverainiste (...) fait face à un problème très sérieux de morcellement, a analysé le président de l'institut de sondage Metroscopia, Juan Toharia.

Ces résultats interviennent à quatre mois d'élections régionales attendues en Catalogne et présentées par Artur Mas comme un plébiscite sur l'indépendance. Ce revers électoral pourrait toutefois l'amener à les repousser, avançaient lundi certains journaux et opposants catalans.

(©AFP / 25 mai 2015 20h53)