Expulsion des migrants: le Pakistan suspend ses accords avec l'UE en dénonçant des abus

Islamabad - Le Pakistan a décidé de suspendre ses accords de réadmission des migrants illégaux expulsés par les pays de l'Union européenne, sauf la Grande-Bretagne, en dénonçant des abus flagrants, a annoncé son ministre de l'Intérieur.

Ces accords, signés en 2010, sont destinés à faciliter le retour chez eux des immigrés pakistanais et d'autres nationalités qui ont transité par le Pakistan avant d'arriver illégalement dans l'UE.

Or les pays européens les ont galvaudés, a déclaré vendredi soir le ministre pakistanais de l'Intérieur Chaudhry Nisar Ali Khan, cité par la radio publique Radio Pakistan, en annonçant la suspension de ces accords, sauf pour la Grande-Bretagne avec qui le Pakistan a des liens plus étroits, et sans préciser à partir de quand.

Normalement, les Pakistanais qui arrivent illégalement dans n'importe quel pays occidental doivent être expulsés après une vérification correcte de leur nationalité et d'autres détails auprès du Pakistan, a-t-il ajouté.

Or la plupart des pays (occidentaux) expulsent des gens sans faire de vérification auprès des autorités pakistanaises, a-t-il souligné, en indiquant que 90.000 personnes avaient été renvoyées l'an dernier au Pakistan en provenance de divers pays.

Nous avons lu les reportages dans les médias mais nous n'avons aucune confirmation officielle, a réagi une porte-parole de la Commission européenne, interrogée par l'AFP. Nous prenons contact au niveau politique avec les autorités pakistanaises, a-t-elle ajouté.

L'UE, confrontée à une crise migratoire sans précédent depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, peine à mettre en place une stratégie commune pour accueillir les réfugiés. Ses 28 Etats membres sont en revanche d'accord pour intensifier les expulsions et retours forcés de migrants illégaux.

Dans cette stratégie, l'accord de réadmission signé entre l'UE et le Pakistan est souvent cité à Bruxelles comme un exemple à imiter avec d'autres pays d'origine des migrants économiques, comme le Bangladesh ou les pays africains.

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, avait toutefois estimé cette semaine que l'accord n'était pas suffisamment appliqué.

La question, c'est la mise en oeuvre de l'accord, avait-elle commenté jeudi à Luxembourg en arrivant à une réunion UE-Asie. Mme Mogherini avait eu en marge de cette réunion un entretien avec les émissaires du Pakistan, dont le conseiller du président pakistanais pour les Affaires étrangères, Sartaj Aziz.

J'ai senti une volonté et une disponibilité pour coopérer d'une façon opérationnelle, pour faire en sorte que les retours aient vraiment lieux, avait assuré Mme Mogherini. C'est quelque chose que nous allons suivre dans les semaines à venir, pour nous assurer que les retours soient vraiment effectifs.

Sans citer de pays en particulier, le ministre de l'Intérieur pakistanais s'est également inquiété d'une autre tendance dangereuse observée ces derniers mois: le nombre croissant de Pakistanais expulsés en étant accusés de terrorisme sans qu'on ait fait les vérifications nécessaires.

Les propos de M. Nisar interviennent deux jours après que la police grecque a arrêté 12 personnes, dont neuf Pakistanais, pour avoir falsifié des documents pour des migrants essayant d'entrer en Europe centrale.

Près de 750.000 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe cette année, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), un afflux face auquel les pays européens peinent à établir une stratégie commune.

(©AFP / 07 novembre 2015 13h53)