Fin du sit-in islamiste à Islamabad

Les milliers de manifestants islamistes qui campaient devant la présidence à Islamabad depuis dimanche ont accepté de se disperser mercredi soir. Ils affirment avoir obtenu d'importantes concessions du gouvernement au sujet d'une loi controversée sur le blasphème.

Le gouvernement a cependant démenti de son côté avoir accepté les exigences des manifestants.

Les partisans de Mumtaz Qadri, un islamiste pendu fin février pour avoir assassiné en 2011 le gouverneur du Pendjab car ce dernier soutenait une réforme de la loi controversée punissant le blasphème, paralysaient depuis dimanche l'avenue de la Constitution, en plein coeur de la capitale.

Ils avaient promis de rester jusqu'à satisfaction de leurs exigences, notamment l'élévation de leur héros Mumtaz Qadri au rang de "martyr", la pendaison de la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort en 2010 pour blasphème, et l'application stricte de la charia, la loi islamique.

Accord
Les manifestants pro-Qadri ont affirmé avoir plié bagage après être parvenus à un accord avec le gouvernement sur certaines de leurs revendications. "Le gouvernement a accepté nos exigences, en conséquence du sit-in de quatre jours", a déclaré mercredi soir à la presse l'un de leurs chefs de file, Ashraf Asif Jalali.

"Il n'y aura de concession pour aucune personne responsable de blasphème envers le Saint prophète, qu'il s'agisse d'Asia Bibi ou de qui que ce soit d'autre," a-t-il ajouté.

Au total, 17 condamnés pour blasphème sont actuellement dans le couloir de la mort, mais jusqu'ici personne n'a été exécuté.

Avant l'évacuation
Selon lui, le gouvernement s'est également engagé à ne pas réformer la loi sur le blasphème, critiquée car elle est régulièrement détournée afin de régler des différends personnels, souvent au détriment des minorités.

Mais le ministre de l'Intérieur, Chaudhry Nisar Ali Khan, a affirmé que les manifestants s'étaient dispersés "de leur propre chef", sans accord préalable avec le gouvernement. "Il n'y a pas eu d'accord écrit, ni sous quelque autre forme," a assuré M. Khan.

"Nous étions sur le point d'ordonner aux forces de l'ordre d'évacuer la zone lorsque deux personnalités religieuses sont intervenues", selon lui.

Au même moment, les manifestants célébraient bruyamment dans la rue, bras en l'air.

Cet épilogue met fin à un face-à-face tendu lancé le même jour qu'un attentat anti-chrétien à Lahore le dimanche de Pâques. Ce dernier, dont le dernier bilan faisait état mercredi de 74 morts, a mis au jour les profondes divisions confessionnelles qui persistent au Pakistan, pays majoritairement musulman.

(ats / 30.03.2016 20h11)