France: un rassemblement d'opposants émaillé d'affrontements dans l'ouest

Notre-Dame-des-Landes (France) - Un rassemblement pacifique de soutien à des occupants expulsés de terrains dans la zone de Notre-Dame-des-Lande (ouest), a donné lieux à des incidents dimanche entre manifestants et forces de l'ordre.

Près de trois mois après l'abandon d'un projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement français a déclenché lundi une opération mobilisant 2.500 gendarmes, ainsi que des huissiers et engins de chantier, pour expulser des militants qui occupent depuis plusieurs années la "zone d'aménagement différé" (ZAD), qu'ils ont rebaptisée "zone à défendre".

En trois jours, 29 squats ont été détruits.

Selon une estimation des gendarmes français, environ 3.000 à 4.000 personnes étaient présentes dimanche après-midi sur l'ensemble de la zone, essentiellement à l'ouest de la route départementale D81 où le rassemblement se déroulait, dans la boue et la bonne humeur, ont constaté les journalistes de l'AFP. Les "zadistes" ont annoncé pour leur part "15.000 à 20.000 personnes", dans un communiqué.

Les manifestants ont notamment pique-niqué sur de gros troncs de bois dans une ambiance champêtre, dansant au son du biniou et de la guimbarde.

Dimanche, la coordination des opposants s'était donné rendez-vous à l'ouest de la route qui traverse la ZAD, le long d'un chemin.

Mais à 11H00 et pendant deux heures, environ 300 personnes, armées notamment de fusées et de cocktail Molotov, ont tenté de forcer le barrage des forces de l'ordre afin d'aller reconstruire les squats détruits depuis lundi. Les gendarmes les ont repoussées avec des grenades lacrymogènes et de désencerclement, a constaté un journaliste de l'AFP.

Au moins trois manifestants ont été interpellés dans la journée lors de ces affrontements, selon la gendarmerie. Trois gendarmes ont été blessés et l'un d'eux, atteint par "un engin explosif artisanal", a été conduit à l'hôpital.

Les manifestants ont symboliquement transporté une charpente à travers champs, en fin d'après-midi, afin de reconstruire l'ancien "Gourbi", un lieu de vie emblématique détruit par les opérations en début de semaine.

Mais arrivés sur place, ils ont été repoussés par les forces de l'ordre et continuaient à transporter leur charpente dans la Zad en fin de journée, usant de fusées de détresse et de cocktails Molotov contre les gendarmes, qui répliquaient avec leurs grenades lacrymogènes et de désencerclement. Au moins deux autres manifestants ont été interpellés lors de ces affrontements, a constaté un photographe de l'AFP.

L'État français a appelé les occupants de la ZAD, expulsés ou non, à régulariser leur situation avant le 23 avril en déclarant leur nom, leur projet agricole et les parcelles concernées.

"Il faut que la préfecture arrête de mettre un ultimatum (...) On n'a jamais demandé à un agriculteur de monter un projet en six ou deux mois. Il faut du temps", a rétorqué dimanche, lors d'un point presse, Dominique Fresneau, co-président de l'Acipa, l'association historique d'opposants.

M. Fresneau a demandé que la violence cesse "des deux côtés". "Chaque jour de violence qui passe à NDDL (Notre-Dame-des-Landes, NDLR), ce sont des semaines avant de pouvoir se remettre autour de la table", a-t-il rappelé.

Depuis jeudi, les opérations de déblaiement et de maintien de l'ordre se poursuivent, au rythme des affrontements avec les soutiens aux "zadistes" de plus en plus nombreux.

De son côté, l'équipe médicale des zadistes a rapporté que "depuis le début de la semaine, au moins 148 personnes ont été prises en charge", victimes d'éclats de grenades ou souffrant d'hématomes ou d'atteintes neurologiques (vertiges, céphalées, confusions), conséquence des explosions.

Plusieurs journalistes couvrant les incidents ont également été blessés ces derniers jours.

Les gendarmes devraient rester trois semaines à un mois sur place pour déblayer les parcelles, garantir la libre circulation sur les routes et prévenir toute réoccupation illégale.

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(©AFP / 15 avril 2018 17h48)
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