GB: Nouveau délai pour la publication du rapport d'enquête sur l'Irak

Londres - Le président de la commission d'enquête sur l'engagement controversé du Royaume-Uni dans la guerre en Irak, en 2003, s'est attiré les critiques de députés mercredi, en annonçant que ses conclusions attendues depuis cinq ans n'interviendraient qu'après les élections de mai.

Je ne vois aucune perspective réaliste de vous remettre ce rapport avant les élections nationales de mai 2015, écrit John Chilcot dans une lettre envoyée mardi au Premier ministre David Cameron.

Le président de la commission qui porte son nom évoque comme raison le droit de réponse accordé aux personnes mises en cause dans ce rapport.

Jusqu'à ce que nous ayons reçu et évalué les réponses de tous ceux qui ont eu l'opportunité de répondre, je ne peux pas donner une évaluation précise du temps dont nous aurons besoin pour terminer notre travail, a-t-il expliqué.

Dans sa réponse, le Premier ministre a indiqué qu'il aurait aimé que le rapport soit publié bien avant les prochaines élections mais dit respecter la décision de M. Chilcot en vertu de l'indépendance de sa commission.

Les services de Tony Blair, Premier ministre en 2003, se sont empressés d'assurer qu'il n'était en rien responsable de ce retard, comme peuvent parfois le suggérer certains. Au contraire, il le regrette, a souligné un porte-parole, fustigeant des spéculations fallacieuses et politiquement motivées.

Je ne pense pas que quelqu'un veille enterrer ce rapport, a estimé à cet égard M. Cameron.

La publication des conclusions de cette commission d'enquête a été maintes fois reportée et aurait initialement dû intervenir il y a cinq ans.

Si les conclusions ne sont pas publiées de façon urgente, il y a un réel danger que le public pense que le rapport est en train d'être rendu 'moins sexy' par des individus rejetant les critiques, que ce soit le cas ou non, a réagi le vice-Premier ministre Nick Clegg (libéral-démocrate), réclamant une date ferme de publication.

Plusieurs observateurs pointent qu'avec la proximité des élections législatives du 7 mai, ce rapport pourrait être gênant pour certains, notamment pour le parti travailliste qui était au pouvoir lors de l'intervention en Irak.

Un groupe de députés britanniques de tous bords, qui exige que le rapport soit rendu public avant les élections, a cependant obtenu la tenue d'un débat et d'un vote sur le sujet au Parlement britannique jeudi prochain.

Le retard de publication avait précédemment été causé par la question de la déclassification d'échanges confidentiels entre Tony Blair et George W. Bush, alors respectivement Premier ministre britannique et président des États-Unis. Cette question est maintenant réglée, a précisé M. Chilcot dans sa lettre.

La commission d'enquête sur l'Irak, qui a conduit ses dernières auditions publiques début 2011, s'est penchée à la fois sur le bien fondé et la légalité de la décision de Tony Blair d'engager l'armée britannique aux côtés des Américains lors de l'invasion de l'Irak le 20 mars 2003.

A la fin de la dernière année fiscale, en avril 2014, cette commission avait déjà coûté 9 millions de livres (11,75 millions d'euros) aux contribuables britanniques.

Environ 120.000 soldats de Sa Majesté ont servi en Irak pendant le conflit. 179 ont été tués. Les troupes de combat se sont retirées en juillet 2009, et l'armée britannique, en mai 2011, après huit ans de présence.

(©AFP / 21 janvier 2015 18h01)