Gambie: le président élu Adama Barrow se dit assuré du soutien de l'armée

Banjul (Gambie) - Le président élu gambien Adama Barrow a affirmé jeudi avoir reçu le soutien du chef de l'armée, au moment où beaucoup s'interrogeaient sur l'attitude de la hiérarchie militaire depuis la défaite surprise de Yahya Jammeh qui a dirigé le pays 22 ans.

M. Barrow, qui doit prendre ses fonctions en janvier, a par ailleurs indiqué qu'il mettra en place une Commission Vérité et Réconciliation, en réponse à une question sur d'éventuelles poursuites contre les auteurs de violations de droits de l'Homme dans son pays durant la présidence de M. Jammeh.

Le chef d'état-major général des forces armées, le général Ousman Badjie, m'a appelé et m'a félicité. Il a dit que la sécurité de la nation était assurée par l'armée, a déclaré Adama Barrow lors d'une conférence de presse, sa première depuis l'annonce, le 2 décembre de sa victoire au scrutin organisé la veille.

Le général Badjie a dit qu'il était fidèle au président Yahya Jammeh parce qu'il était élu président. Il a affirmé que maintenant que je suis élu par le peuple gambien, il va me soutenir, a poursuivi Adama Barrow, âgé de 51 ans, comme Yahya Jammeh.

Dans une déclaration télévisée diffusée le soir du 2 décembre, Yahya Jammeh avait, à la surprise générale, reconnu sa défaite et avait téléphoné Adama Barrow devant les caméras pour le féliciter pour sa victoire.

Depuis, M. Jammeh n'a pas été vu en public mais, selon des diplomates et des sources au sein de l'opposition, il n'a pas quitté la Gambie.

Depuis que nous avons eu cette conversation téléphonique, nous ne nous sommes pas encore rencontrés. Mais nous avons une commission technique qui travaille sur le dossier, a dit Adama Barrow.

Cette affaire de transition est une nouveauté en Gambie et nos deux équipes (pouvoir et opposition) n'en ont pas l'expérience. (...) Très bientôt, mon équipe connaîtra la date de mon investiture et nous la communiquerons aux médias, a-t-il ajouté.

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1994 en Gambie, Yahya Jammeh a été élu une première fois en 1996, puis réélu tous les cinq ans et a dirigé le pays d'une main de fer. Mais il a échoué à obtenir un cinquième mandat le 1er décembre, obtenant 39,64% derrière Barrow (43,29%) selon les résultats officiels actualisés.

Son régime est accusé de violations systématiques des droits de l'Homme, accusations qu'il a régulièrement balayées.

Interrogé sur d'éventuelles poursuites contre Yahya Jammeh et des dignitaires de son régime, Adama Barrow a répondu qu'il créera plutôt une Commission Vérité et Réconciliation (TRC) sur le modèle de celle d'Afrique du Sud ayant enquêté sur les violences commises durant la période de l'apartheid.

Quand nous serons installés au pouvoir, nous examinerons ce qui s'est produit dans le passé, la TRC est très importante ici, et nous avons vu comme cela s'est passé en Afrique du Sud. Nous établirons une Commission Vérité et Réconciliation pour étudier le passé, a-t-il déclaré, sans plus de précisions.

En visite à Banjul la semaine dernière, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Afrique de l'Ouest et au Sahel, Mohamed Ibn Chambas, avait affirmé que l'ONU était disposée à travailler avec les Gambiens pour établir une Commission Vérité et Réconciliation.

Dans un entretien avec des médias francophones le 3 décembre, M. Barrow avait exclu toute chasse aux sorcières, affirmant que son prédécesseur pourrait vivre en Gambie en tant que citoyen ordinaire.

(©AFP / 08 décembre 2016 23h03)