Gaz, tourisme: la Bulgarie veut profiter des opportunités de la crise russo-turque

Sofia - Dépendante de la Russie pour son gaz, la Bulgarie cherche à profiter des opportunités économiques ouvertes par deux mois de crise diplomatique entre Moscou et Ankara, tout en veillant à ne pas se brouiller avec son puissant voisin turc.

Une commission de coopération économique bulgaro-russe s'est réunie cette semaine à Sofia pour la première fois depuis la suspension du projet de gazoduc South Stream en 2014.

Poussée par Bruxelles et Washington, la Bulgarie, pays pays appartenant à l'Union européenne (UE) et à l'Otan, avait alors gelé à contre-coeur les travaux préliminaires de ce gazoduc russe conçu pour contourner l'Ukraine, et qui devait aboutir en Bulgarie après avoir traversé la mer Noire.

Moscou a par la suite opté pour un nouveau tracé arrivant en Turquie, TurkStream. Mais celui-ci est enterré depuis que l'aviation turque a abattu un bombardier russe le 24 novembre, déclenchant une grave crise entre les deux pays.

Sofia a immédiatement saisi la balle au bond en proposant de ressusciter South Stream sous une autre forme.

Nous avons présenté notre projet (...) que nous sommes en train de coordonner avec la Commission européenne, a annoncé jeudi la ministre bulgare de l'Energie Temenoujka Petkova à l'issue de la commission mixte.

Seul pays de l'UE sans alternative aux livraisons russes de gaz via l'Ukraine, la Bulgarie souhaite créer sur sa côte un centre de distribution de gaz nommé Balkan qui serait alimenté par du gaz russe arrivant par le tracé jadis prévu pour South Stream sous la mer Noire.

Seule différence: le débit de ce gazoduc serait limité à 20 milliards de mètres cubes par an, et le centre intégrerait également du gaz de la Caspienne via le futur gazoduc Tap.

Le chef de la délégation russe, Sergueï Guerassimov, a exprimé son intérêt pour le projet, soulignant toutefois attendre encore des assurances de la Commission européenne.

- Manne touristique -

La Bulgarie pourrait cependant bénéficier de la crise russo-turque à beaucoup plus court terme dans le domaine du tourisme, a-t-il fait valoir: Moscou pourrait ainsi rediriger les touristes russes de la Turquie vers la Bulgarie.

Cette manne potentielle est attendue avec impatience dans le pays, qui a subi en 2015 une baisse de 26% du nombre de touristes russes, principaux clients des stations balnéaires bulgares sur la mer Noire, en raison de la récession en Russie.

Sofia a d'ores et déjà promis d'alléger son régime des visas pour récupérer le marché russe.

Par ailleurs, des mesures spéciales seront prises pour garantir la sécurité des touristes russes, notamment après l'Egypte, a souligné le ministre bulgare de l'Economie, Bojidar Loukarski, dans une allusion à l'attentat contre un avion russe qui a fait 224 morts dans le Sinaï le 31 octobre.

Mais Sofia prend soin de respecter ses alliances, et ce d'autant plus que la Bulgarie dépend en grande partie de la Turquie pour la régulation du flux de migrants, les deux pays partageant 274 kilomètres de frontière terrestre.

Dans le cas de l'avion russe abattu par la Turquie (...) nous nous sommes montrés un membre loyal de l'UE et de l'Otan, a rappelé le Premier ministre Boïko Borissov début janvier.

Par ailleurs, je remercie à chaque occasion (le président turc Recep Tayyip) Erdogan et (le Premier ministre Ahmet) Davutoglu de nous avoir beaucoup aidé dans la crise migratoire, a-t-il insisté.

Mais selon un sondage de l'institut Alpha Research, le coeur d'une majorité des Bulgares penche vers la Russie, un pays dont la culture est proche.

Ce stéréotype russophile a été cultivé depuis que la Russie a mis fin en 1878 à un demi-millénaire de domination ottomane en Bulgarie, relève la chercheuse Antinina Jeliazkova.

Tout en étant membre de l'UE et de l'Otan, nous devons maintenir notre amitié historique avec la Russie, a souligné récemment M. Borissov.

Signe bienvenu selon le dirigeant bulgare de centre-droit: le président russe Vladimir Poutine pose sur un calendrier russe 2016 avec, dans ses bras, un chien qu'il lui avait offert en 2010. Il nous aime, s'est félicité en souriant M. Borissov à la télévision bTV.

(©AFP / 30 janvier 2016 10h07)
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