"Gilets jaunes" - Après la décrue de samedi, l'exécutif mise sur une sortie de crise

Un "gilet jaune" à un rond-point à Saint-Beauzire (centre), salue les automobilistes, le 15 décembre 2018 / © AFP / Thierry Zoccolan
Acte V, clap de fin ? L'exécutif espère que la forte baisse de la mobilisation des "gilets jaunes" annonce la sortie d'une crise qui a fait trembler la Macronie. Et compte désormais sur la concertation pour apaiser cette colère sur la durée.

Un nombre de manifestants divisé par deux (66.000), moins de blessés, d'interpellations et de voitures qui brûlent: après un mois de blocages, des centaines de milliers de personnes dans les rues et des scènes d'insurrection, la journée de samedi a marqué, selon Jérôme Sainte-Marie, sondeur à Pollingvox, "la fin d'un cycle de mobilisation".

Même si plusieurs appels à un acte VI circulent sur les réseaux sociaux pour samedi prochain et même vendredi, jour des 41 ans d'Emmanuel Macron, l'apaisement était palpable dimanche en régions.

"Ça n'a plus rien à voir, ce matin on a compté 13 gilets jaunes dans tout le département", ont indiqué les gendarmes de la Nièvre. "Quasiment pas de mobilisation ce matin", abondait un gendarme de Savoie. Situation "très calme", ajoutait-on auprès de la préfecture de Gironde.

Si tous les ronds-points ne seront pas évacués en un jour, le gouvernement ne cache pas son soulagement. "Les combats sont finis, le débat c'est maintenant", a souligné le président de l'Assemblée Richard Ferrand, un proche d'Emmanuel Macron.

Mais pas question de crier victoire. "Si la participation est moindre, les problèmes ne sont pas résolus pour autant", a averti François Bayrou, patron du MoDem et allié de la majorité. "Ce n'est pas un match. Il ne s'agit pas que des Français se sentent vainqueurs ou vaincus", a abondé Richard Ferrand.

Manifestation des "Gilets jaunes" / © AFP /
Difficile effectivement de conclure à une quelconque défaite des "gilets jaunes" qui ont obtenu bien plus que les syndicats ou partis d'opposition avant eux. Annulation de la hausse de la taxe carbone, gel des tarifs de l'électricité et du gaz, hausse de 100 euros des revenus au niveau du Smic, heures supp défiscalisées, exemption de hausse de CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros... la liste des concessions arrachées au président Macron est spectaculairement longue.

"Ils ont réussi à faire reculer un pouvoir qui pourtant paraissait très fort", estime Jérôme Sainte-Marie, pour qui le mouvement s'essouffle parce qu'il n'a plus "d'objectif précis".

- "Complexe du plouc" -

Au-delà des mesures, qui coûteront 10 milliards d'euros à l'État selon M. Ferrand, les "gilets jaunes" ont réussi à pousser le président Macron à modifier sa manière d'exercer le pouvoir.

Le président, qui perd encore deux points dans un sondage Ifop pour le JDD à 23% d'opinions favorables, "sera désormais obligé d'avoir une attitude plus attentive avec les corps intermédiaires, les syndicats ou les maires, et même directement au contact avec les Français", souligne Jean-Daniel Levy, de Harris Interactiv.

Des "gilets jaunes" avec une rose, en hommage aux victimes de Strasbourg, défilent le 15 décembre 2018 au Mans / © AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER
La tentative de rapprochement doit se cristalliser lors de la "grande concertation nationale" que l'exécutif lance sur deux mois et demi. Les détails du débat doivent être connus dans la semaine. Il doit s'appuyer fortement sur les maires et aborder quatre grands thèmes (transition écologique, fiscalité, organisation de l'État, démocratie et citoyenneté, auxquels on a inclus l'immigration).

En préambule, l'Association des Maires ruraux de France a lancé un appel demandant à la France périphérique et silencieuse de se "débarrasser du +complexe du plouc +" pour "imposer" leur parole commune.

Selon le président de l'association, Vanik Berberian, la demande est forte. L'ouverture de cahiers de doléances dans de nombreuses communes a rencontré "un très grand succès".

Pour François Bayrou, ce débat va, si "on le fait bien", "changer l'avenir du pays". Jean-Luc Mélenchon, en revanche, estime que ce sera qu'un "grand blabla".

Après la taxe carbone, les revendications des "gilets jaunes" se sont rapidement élargies à la question globale du pouvoir d'achat avant de déborder sur d'autres thèmes. Samedi, les manifestants étaient nombreux à réclamer l'organisation d'un "RIC", un référendum d'initiative citoyenne.

Un manifestant appelle à un RIC (référendum d'initiative citoyenne), à Montpellier, le 15 décembre 2018 / © AFP / PASCAL GUYOT
Richard Ferrand s'est dit prêt à ouvrir ce débat mais "à condition que l'on fixe" certaines règles comme par exemple "le taux de participation", pour s'assurer "que l'expression populaire ne soit pas trahie par des minorités".

Les revendications diverses et parfois contradictoires d'un mouvement aussi peu structuré que celui des "gilets jaunes" rendent très difficile toute prédiction quant à son avenir et ses éventuels débouchés politiques. "Qu'ils s'organisent et qu'ils aillent aux élections", a suggéré M. Ferrand.

Pour Jérôme Sainte-Marie, l'exécutif a surtout intérêt à tenir ses promesses. Sinon "il y a un risque de reprise de mobilisation très important. Car les gens ont pris conscience de leur pouvoir", dit-il.

"L'engagement du président sera tenu", a assuré Richard Ferrand. Qui en appelle à "la responsabilité des parlementaires" pour valider jeudi à l'Assemblée et vendredi au Sénat les mesures afin qu'elles soient applicables dès le 1er  janvier .



(©AFP / (16 décembre 2018 15h43)