"Gilets jaunes": Berger appelle à ne pas manifester pour "ne pas surcharger" la police

Paris - Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a jugé jeudi qu'il serait "de bon ton" que les "gilets jaunes" ne manifestent pas samedi "pour ne pas surcharger la barque des policiers" après l'attentat de Strasbourg.

"C'est à ceux qui organisent de dire ce qu'ils entendent faire. Mais on voit bien l'extrême fatigue des policiers, de ces agents publics", a-t-il déclaré sur RFI.

"Ce serait de bon ton de ne pas surcharger les barques", a-t-il ajouté, lançant un appel "à l'absence de toute violence".

"Si une organisation syndicale était responsable d'autant de violences dans un mouvement qu'elle a déclenché, on la mettrait au ban pour au moins une vingtaine d'années", a encore jugé M. Berger qui n'est pas "béat devant les +gilets jaunes+" du fait de "la récupération par l'extrême droite".

Avant "l'acte IV", samedi dernier, l'ensemble des syndicats français, à l'exception de Solidaires, avaient lancé un appel commun contre "toutes formes de violences".

Dans un entretien à Libération, le numéro 1 de la CFDT insiste sur les "choses sous-jacentes" qui le "gênent" dans les revendications des "gilets jaunes", "notamment le discours politique". "Je me méfie aussi de la démocratie participative à tous crins où l'on nie les corps intermédiaires", prévient-il, estimant qu'"on ne peut pas faire comme s'il n'y avait pas l'Italie de Salvini, la Hongrie d'Orban".

Se montrant plutôt satisfait des annonces du président Emmanuel Macron pour favoriser le pouvoir d'achat, M. Berger rappelle cependant que "ça ne répond pas à la question du partage de la valeur ajoutée dans l'entreprise". "Il faut réfléchir à ce qui va à l'actionnaire et au salarié", explique-t-il se disant "très inquiet" des sujets retenus pour "le débat national" qui doit se tenir jusqu'à fin février.

"Il faut qu'il porte sur le pacte social et la justice fiscale (...), j'ai le sentiment que ces sujets sont passés hors du radar", estime-t-il.

Les cinq thèmes retenus pour cette concertation lancée en réponse à la crise des "gilets jaunes" sont la transition écologique, la fiscalité et les services publics, l'évolution du débat démocratique et l'immigration.

Interrogé sur le fait que c'est leur mobilisation dans "la rue" qui a permis aux "gilets jaunes" de faire vaciller le pouvoir, le leader syndical, fervent défenseur du dialogue social, assure que la CFDT est dans la rue "autant que nécessaire".

"S'il faut en passer par ces méthodes d'action pour se faire entendre, c'est le gouvernement qui porte en germe le problème démocratique qu'on risque de vivre", prévient-il.

(©AFP / 13 décembre 2018 09h43)