"Gilets jaunes": les syndicats unis contre les violences, mais pas au-delà

Paris - Sept syndicats, dont les cinq représentatifs, ont réussi à se mettre d'accord jeudi pour dénoncer "toutes formes de violences" des "gilets jaunes", un mouvement face auquel ils ont peiné à trouver leur place, parler d'une seule voix et se faire entendre de l'exécutif.

Après une heure et demie de réunion au siège de la CFDT à Paris, les numéros un de la CFDT, de la CGT, de FO, de la CFE-CGC, de la CFTC, de l'Unsa et de la FSU ont publié une déclaration commune pour dénoncer "toutes formes de violences dans l'expression de revendications".

Cet appel arrive au lendemain de la demande d'Emmanuel Macron aux partis politiques et aux partenaires sociaux de "lancer un appel clair et explicite au calme".

Les dirigeants syndicaux ont déjà organisé quelques rencontres à huis clos depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron, dont ils se sentent méprisés, mais ces dernières n'ont jamais rien donné.

Les prises de position communes ont été plutôt rares ces dernières années, l'une des plus marquantes datant de février 2016, pour dénoncer une première version de la loi travail, après une autre dans la foulée de l'attentat de Charlie Hebdo début 2015.

Jeudi, comme pour bien marquer leurs divergences historiques, les numéros un ont insisté sur le fait que leurs organisations allaient dialoguer avec l'exécutif "chacune avec ses propres revendications et propositions" -- mais aussi "en commun chaque fois que cela sera possible".

Dans la foulée de cette déclaration, la CGT a d'ailleurs publié un communiqué pour annoncer qu'elle ne se rendrait pas vendredi à la réunion proposée aux syndicats et au patronat par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, notamment sur la prime mobilité, refusant de se laisser "récupérer" par le gouvernement "qui tente de trouver une unité nationale" en pleine crise des "gilets jaunes".

De son côté, Solidaires, également présente à la réunion, s'est désolidarisée de la déclaration commune, considérant qu'il manquait "l'essentiel": une journée de mobilisation "rapide dans les prochaines semaines pour construire le rapport de force et faire plier des orientations gouvernementales fortes", a expliqué Cécile Gondard-Lalanne, sa porte-parole.

C'est depuis l'élection d'Emmanuel Macron que Solidaires rêve, en vain, d'une convergence des luttes.

- "Eloignés les uns des autres" -

Depuis le 17 novembre et la première mobilisation, les syndicats ont du mal à se positionner face aux "gilets jaunes", tant la défiance est grande entre ce mouvement protéiforme très présent en région, alerte sur les réseaux sociaux, et les centrales, plutôt présentes dans les villes, les grandes entreprises, peu actives sur Twitter et Facebook.

"On est éloignés les uns des autres", entre syndicats et "gilets jaunes", a récemment reconnu auprès de l'AFP Philippe Louis, président de la CFTC, rappelant que seulement 11% des salariés étaient syndiqués en France en 2016 (dernier chiffre officiel).

Toutefois, si 89% des salariés ne sont pas syndiqués, près de 95% sont couverts par des conventions collectives de branche, négociées par les syndicats.

"Les syndicats ne sont pas présents dans les campagnes, dans les TPE, les PME. Les gilets jaunes ont l'impression qu'on ne s'occupe pas d'eux, alors que c'est bien sur le pouvoir d'achat et les conditions de travail qu'on négocie", a ajouté M. Louis.

Refusant d'abord de s'associer au mouvement par peur de récupération par l'extrême droite, les syndicats ont ensuite très rapidement multiplié, chacun de son côté, des propositions de solutions au gouvernement, comme un moratoire sur la taxe sur le carburant (FO, Unsa), un blocage des prix du gaz et de l'électricité (Unsa), une hausse sensible du Smic (FO, CGT, Solidaires), un rétablissement de l'impôt sur la fortune (Solidaires, CGT), un renforcement de la prime transport (FO), du chèque mobilité (CFDT)...

Jeudi, elles ont échoué à porter des revendications communes.

Face à la montée de la crise, l'exécutif a décidé de suspendre la taxe sur le carburant et geler les tarifs du gaz et de l'électricité, mais ignoré la plupart des propositions syndicales sur le pouvoir d'achat.

Il faut "cesser avec cette petite musique qui ferait que les salaires seraient ennemis de tout, ennemis du climat comme ennemis de l'économie", s'est agacé jeudi sur RFI Yves Veyrier, secrétaire général de FO.

(©AFP / 06 décembre 2018 15h40)
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