Golfe: HRW dénonce les abus contre les employées de maison tanzaniennes

Nairobi - Les employées de maison tanzaniennes à Oman et aux Émirats arabes unis sont victimes d'abus, notamment sexuels, et sont exploitées dans des conditions équivalentes à du travail forcé, a affirmé mardi l'ONG de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW).

Dans un rapport d'une centaine de pages, l'ONG basée à New York assure que "de nombreuses employées de maison à Oman et aux Emirats sont surchargées de travail, sont sous-payées et sont victimes d'abus".

"Les travailleuses qui fuient des employeurs ou des agents qui les soumettent à des abus nous ont dit que la police ou leurs propres responsables d'ambassade les ont forcées à retourner (chez leur employeur)", soutient dans un communiqué Rothna Begum, chercheuse spécialiste des droits des femmes pour HRW.

"Ou alors, elles devaient renoncer à leurs salaires et passer des mois à économiser afin d'acheter un billet pour rentrer", ajoute Mme Begum.

La majorité des employées de maison dans les pays du Golfe sont asiatiques, originaires de pays comme le Sri Lanka, les Philippines et l'Inde. Mais depuis que ces pays ont renforcé la protection de leurs citoyens travaillant à l'étranger, les employées africaines sont de plus en plus populaires dans le Golfe, rapporte HRW.

Ainsi, les Tanzaniennes travaillant dans cette région comme employées de maison sont "des milliers", estime HRW.

Sur la base d'entretiens avec 50 d'entre elles, les chercheurs de l'ONG concluent que l'écrasante majorité d'entre elles se sont vu confisquer leur passeport, et ont été forcées à travailler jusqu'à 21 heures par jour sans bénéficier du moindre congé.

Elles "disent être payées moins que ce qui a été promis, voire pas du tout, être forcées de manger de la nourriture avariée ou des restes, se faire crier dessus et être insultées quotidiennement, et être victimes d'abus physiques et sexuels" de la part de leur employeur ou d'un membre de sa famille, indique HRW.

"Certains de ces cas relèvent du travail forcé ou de trafic en vue du travail forcé", assure l'ONG, qui dénonce le très controversé système de parrainage "kafala", en vertu duquel tous les travailleurs étrangers doivent avoir un "parrain" local et obtenir une autorisation de sa part pour changer d'emploi ou quitter le pays d'accueil.

Mais les pays d'origine des employées portent également une partie de la responsabilité, assure HRW.

"La Tanzanie a certes étendu les protections pour ses travailleurs à l'étranger depuis 2011, mais des lacunes dans les législations sur le recrutement et la migration soumettent ces travailleurs à un risque élevé dès le début (du processus d'expatriation, NDLR) et offrent peu de possibilités d'obtenir réparation", soutient HRW.

De plus, de nombreux travailleurs ne passent pas par les agences de recrutement certifiées par le gouvernement, dont les contrats signés en Tanzanie n'ont de toute façon "aucune valeur légale" dans le Golfe.

En Tanzanie, les autorités ont empêché mardi HRW de présenter officiellement le rapport, notamment à la presse, dans un hôtel de Dar es Salaam.

"Ils n'ont pas respecté la procédure pour mener des recherches en Tanzanie", a assuré à la presse William Kindekete, un responsable de la Commission pour la science et la technologie, accusant l'équipe de HRW de ne pas disposer des visas adéquats.

Mme Begum a elle contesté cette version des faits. "Je leur ai dit qu'il ne s'agit pas d'une recherche scientifique, mais qu'il s'agit juste de documenter (une question, NDLR) liée aux droits humains", a-t-elle dit à l'AFP, soutenant que l'équipe de HRW disposait de "visas d'affaires".


(©AFP / 14 novembre 2017 16h13)
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