Grève des routiers au Brésil: menace sur les aéroports

Sao Paulo - Une grève nationale des routiers brésiliens menaçait mercredi les vols au départ de Brasilia et d'autres aéroports, provoquant également des problèmes d'approvisionnement majeurs pour de nombreux secteurs de la première économie d'Amérique latine.

Ce mouvement, en protestation à la hausse des prix du diesel, en était à sa troisième journée mercredi.

Pour faire baisser la pression, la compagnie pétrolière d'Etat Petrobras a annoncé mercredi soir une réduction de 10% du prix du diesel pendant 15 jours. "C'est une mesure exceptionnelle. Il ne s'agit pas d'un changement dans la politique de prix de l'entreprise", a tempéré Pedro Parente, président de Petrobras, lors d'une conférence de presse au siège social de l'entreprise à Rio de Janeiro.

"C'est une quinzaine de jours pour que le gouvernement parvienne à un accord avec les camionneurs", a-t-il dit.

En raison de réserves de combustible "insuffisantes" à l'aéroport de la capitale Brasilia, "seuls les avions ayant la capacité de décoller sans refaire le plein" sont autorisés à atterrir, a annoncé dans un communiqué la société Inframerica qui gère l'aérogare.

Selon Inframerica, cinq camions remplis de kérosène ont eu accès à l'aéroport, mais les mesures de restriction ont été maintenues.

D'après le site G1, dans cinq autres aéroports, y compris celui de Recife (nord-est) et de Congonhas, qui opère les vols domestiques de Sao Paulo, la capitale économique du Brésil, les réserves de combustibles pourraient être épuisées dès mercredi soir.

Dans l'après-midi, des représentants des routiers ont rencontré plusieurs ministres à Brasilia, mais aucun accord définitif n'a été trouvé pour résoudre ce problème qui revêt aussi de gros enjeux politiques à cinq mois de la présidentielle d'octobre.

"Nous sommes en train de dialoguer, de négocier et nous sommes très inquiets pour les familles brésiliennes en raison des risques liés au manque d'approvisionnement", a indiqué dans une conférence de presse le ministre Eliseu Padilha, chef du gouvernement du président conservateur Michel Temer.

M. Temer a pour sa part déclaré aux journalistes avoir demandé aux grévistes "une sorte de trêve de deux ou trois jours le temps de trouver une solution satisfaisante".

Mardi soir, le ministre des Finances Eduardo Guardia avait annoncé qu'une taxe sur le diesel serait supprimée si le Parlement approuvait la fin de certaines exemptions fiscales pour les entreprises afin de compenser le manque à gagner pour les coffres publics.

Mais les chauffeurs de poids lourds considèrent cette mesure insuffisante. Mercredi, des routes étaient bloquées dans au moins 17 des 27 Etats brésiliens.

"Tant que le gouvernement ne prend pas de vraies mesures, nous demandons une forte mobilisation dans toutes les régions du pays", a déclaré José da Fonseca Lopes, président de l'Association Brésilienne des Camionneurs (Abcam).

- Le diesel en forte hausse -

Outre les problèmes liés aux aéroports, des difficultés d'approvisionnement affectaient de nombreux autres secteurs.

Une porte-parole du Syndicat du Commerce de combustibles de Rio de Janeiro (Sindcomb) a expliqué à l'AFP que la plupart des stations-service de la ville avaient été approvisionnées pour la dernière fois lundi.

"Il manque déjà de l'essence dans pratiquement toutes les stations que nous avons consultées, dans certaines, il n'y en aura plus dès aujourd'hui, d'autres ne pourront tenir que jusqu'à vendredi", a-t-elle affirmé.

Les marchés de gros de Rio et Sao Paulo ont déjà augmenté le prix de certains fruits et légumes en raison des problèmes d'approvisionnement.

Le courrier a également été perturbé, les services de colis express ayant été suspendus en raison des risques de livraison hors délais.

Le géant de la viande BRF a par ailleurs indiqué dans un communiqué que quatre abattoirs de poulets et de porcs avaient dû suspendre leurs activités mercredi.

Les prix du diesel ont fortement augmenté récemment en raison de la hausse du cours du pétrole et d'une nouvelle politique de tarifs de la compagnie pétrolière d'Etat Petrobras.

L'entreprise contrôlée par l'État considère sa nouvelle politique tarifaire comme un élément clé de sa stratégie de reconstitution de ses finances et de son image après avoir été impliquée dans le plus grand scandale de corruption du Brésil.

"L'essence a augmenté, le diesel a augmenté, les péages ont augmenté et du coup les factures ont augmenté. Si on ne manifeste pas, on va tous se retrouver au chômage", a déclaré à l'AFP Paulo Sergio Ribeiro Ramos, chauffeur de 43 ans, qui bloquait partiellement une route du nord de l'Etat de Rio.


(©AFP / 23 mai 2018 23h42)
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