Gros appétit des banques européennes pour un nouveau prêt géant de la BCE

Francfort - La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé jeudi avoir alloué 97,8 mds EUR à 143 banques européennes, beaucoup plus qu'attendu, dans le cadre de son troisième prêt de long terme (TLTRO).

Les analystes interrogés par l'agence Bloomberg tablaient en moyenne sur une souscription de 40 milliards d'euros.

Les TLTRO (Targeted longer-term refinancing operations), ancienne mesure phare de la BCE pour relancer la très faible dynamique des prix en zone euro, sont proposés aux banques depuis septembre 2014, à raison d'un part trimestre, à la condition expresse que celles-ci accordent davantage de crédits aux ménages et aux entreprises.

Le peu de succès rencontré jusqu'à présent par ce mécanisme auprès des banques a toutefois incité fin janvier la BCE à passer à la vitesse supérieure, en annonçant un vaste programme de rachats de dettes pour plus de 1.000 milliards d'euros d'ici septembre 2016.

Lors des deux premiers TLTRO, en septembre et en décembre, la BCE avait prêté quelque 212 milliards d'euros, un chiffre jugé décevant à l'époque.

Dans son rapport économique de mars, publié jeudi, l'institution monétaire met toutefois en avant que la réduction du coût des financements bancaires au cours du deuxième semestre 2014 peut en partie être attribuée aux TLTRO, qui sont destinés à améliorer l'accès des banques aux liquidités de long-terme et stimuler l'augmentation des prêts à l'économie réelle.

Le résultat du troisième TLTRO, est un bon signal pour l'économie de la zone euro et devrait soutenir le crédit bancaire, dans la mesure où les banques devraient répercuter la baisse de leurs coûts de financement sur les taux des crédits qu'elles octroient aux ménages et aux entreprises, a souligné dans une note Johannes Gareis, économiste chez Natixis.

Les prêts au secteur privé en zone euro sont en recul depuis des mois. Cette chute est toutefois en phase de ralentissement, selon les derniers chiffres de la BCE. Le crédit aux entreprises et aux ménages s'est presque stabilisé en janvier, le signe d'après les analystes que les efforts de l'institution monétaire commencent à payer.

Le redressement du crédit devrait se poursuivre au cours des prochaines mois, soutenant la reprise économique, précise M. Gareis.

Certains analystes ne partageaient toutefois pas cet optimisme. Les banques vont peut-être utiliser les TLTRO pour rembourser leurs propres emprunts ou bien acheter des obligations d'Etat, tempérait Jennifer McKeown, économiste chez Capital Economics, doutant d'une possible embellie du crédit ces prochains mois.

De plus, ajoutait-elle, il reste clair que l'objectif assigné par la BCE aux TLTRO de gonfler d'environ 1.000 milliards d'euros son bilan était bien trop optimiste. Par conséquent, seul le programme de rachats de dettes permettra véritablement à l'institution de réaliser ses ambitions, faisait valoir cette analyste.

Cinq autres opérations TLTRO sont prévues tous les trimestres d'ici juin 2016. Comme lors de l'édition de jeudi, les banques auront la possibilité d'emprunter jusqu'à trois fois le montant net des crédits supplémentaires qu'elles auront alloués au secteur privé.

Les prêts TLTRO sont très bon marché: leur taux, initialement fixé à 0,15%, a été ramené en janvier à 0,05% pour accroitre leur attractivité. Ce qui revient à dire que les banques peuvent désormais s'endetter quasiment gratuitement via ce mécanisme.

En augmentant par ce biais le crédit au secteur privé, les banquiers centraux espèrent relancer la machine de l'investissement et par ricochet, l'activité économique.

Les banques qui ne pourront pas prouver qu'elles ont délié les cordons de leur bourse devront rembourser plus tôt l'argent emprunté au TLTRO, à savoir dès l'automne 2016, au lieu de septembre 2018.

Aucune autre sanction n'est toutefois prévue, pas plus qu'un contrôle de l'usage réel de ces fonds.

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NATIXIS

(©AFP / 19 mars 2015 14h05)