Hongrie: adoption sous tension d'une loi sur le temps de travail

Budapest - Le vote au parlement hongrois d'une loi controversée de flexibilisation du temps de travail s'est déroulé mercredi dans une grande tension en raison d'une fronde inédite des partis d'opposition qui qualifient ce texte de "droit à l'esclavage".

Cette loi, qui augmente significativement le volume d'heures supplémentaires auxquelles les employeurs pourront recourir, a finalement été adoptée par 130 voix contre 52, et une abstention.

Les députés d'opposition ont tenté d'empêcher le vote, dans une rare démonstration d'unité face aux parlementaires du parti conservateur du Premier ministre Viktor Orban, a constaté un journaliste de l'AFP.

Cris, sifflets, et même sons de sirène, ont résonné pendant plusieurs heures dans l'hémicycle, laissant impassible le chef du gouvernement qui assistait aux débats.

Le président du parlement, Laszlo Kover, a dénoncé "une tentative d'obstruction" sans précédent depuis le rétablissement de la démocratie en 1990.

Dirigeant controversé à l'étranger et accusé d'atteintes à l'Etat de droit, Viktor Orban dispose au parlement hongrois d'une confortable majorité des deux tiers pour son parti Fidesz au pouvoir depuis 2010.

La modification du temps de travail fait passer de 250 à 400 heures le volume d'heures supplémentaires auxquelles peuvent recourir les employeurs chaque année. Elle allonge aussi à trois ans le délai de paiement de ces heures, contre un an maximum actuellement.

Le projet suscite depuis plusieurs semaines une vive contestation sociale. Des milliers de manifestants se sont mobilisés à Budapest samedi pour dénoncer un "droit à l'esclavage". Certains avaient revêtu un gilet jaune en solidarité avec le mouvement de protestation qui agite la France.

Les syndicats hongrois menacent de ne pas en rester là et d'appeler à la grève générale ainsi qu'à des blocages de routes.

- La justice divise aussi -

Contredits par le gouvernement, les opposants à la loi y voient le résultat d'une pression des géants allemands de l'automobile, piliers de l'économie hongroise, pour flexibiliser le temps de travail dans un contexte de pénurie criante de main-d'oeuvre dans le pays.

"Le gouvernement est du côté des travailleurs", a affirmé Viktor Orban selon lequel cette modification permettra à ceux qui le souhaitent d'augmenter leurs revenus.

Le parlement hongrois a par ailleurs adopté mercredi une autre loi très contestée qui crée de nouvelles cours de justice administrative. Ces juridictions auront notamment à traiter de dossiers sensibles comme les appels d'offre publics ou les contentieux électoraux.

Selon ses détracteurs, le nouvel ordre juridique va porter atteinte au principe de séparation des pouvoirs car il donne au ministre de la Justice un rôle prépondérant dans la nomination des juges de la future Cour supérieure administrative.

Ce texte constitue "une nouvelle menace sérieuse pour l'Etat de droit en Hongrie", estime la branche hongroise de l'ONG de défense des droits Comité d'Helsinki.

Le gouvernement de Viktor Orban a été plusieurs fois épinglé pour des réformes jugées attentatoires aux libertés et à l'équilibre des pouvoirs, notamment dans le domaine de la justice.

Le ministre de la Justice Laszlo Trocsanyi a balayé ces craintes, expliquant que les nouvelles cours, qui verront le jour en 2020, rendront le système judiciaire plus efficace. Il s'est dit également prêt à tenir compte des remarques que devrait formuler un groupe d'experts européens à propos de cette loi.

Cette réforme "est simplement une décision politique qui vise à étendre le contrôle du gouvernement sur la justice", a vivement critiqué Amnesty international en Hongrie.

(©AFP / 12 décembre 2018 17h27)