Hongrie: adoption sous tension de lois sur le temps de travail et la justice

Budapest - L'adoption mercredi par le Parlement hongrois de lois controversées sur la justice et surtout sur la flexibilisation du temps de travail a mis la capitale Budapest en ébullition, manifestants et opposition dénonçant la création d'un "droit à l'esclavage".

Quelque 1.500 personnes se sont rassemblées dans la soirée devant le parlement, certains se mettant à genou pour symboliser le fait d'être "devenus esclaves", ont constaté des journalistes de l'AFP.

Adoptée par la majorité nationale-conservatrice du Premier ministre Viktor Orban, la nouvelle loi fait passer de 250 à 400 -- soit l'équivalent de deux mois de travail-- le nombre d'heures supplémentaires auxquelles peuvent recourir les employeurs chaque année. Elle allonge aussi à trois ans le délai de paiement de ces heures, contre un an maximum actuellement.

"Le gouvernement est du côté des travailleurs", a affirmé M. Orban selon qui cette modification permettra à ceux qui le souhaitent d'augmenter leurs revenus.

Les opposants à la loi ont dénoncé la pression des géants allemands de l'automobile, piliers de l'économie hongroise, pour flexibiliser le temps de travail dans un contexte de pénurie criante de main-d'oeuvre dans un contexte de bas salaires.

Les manifestants avaient en début de soirée tenté d'investir le siège du parti Fidesz de M. Orban et brièvement occupé le célèbre Pont des Chaînes reliant les deux rives du Danube.

Les députés d'opposition de gauche comme d'extrême droite ont pour leur part tenté en vain d'empêcher le vote, dans une rare démonstration d'unité face à la majorité.

Cris, sifflets, et même sons de sirène, ont résonné pendant plusieurs heures dans l'hémicycle, laissant impassible le chef du gouvernement qui assistait aux débats. Le président du Parlement, Laszlo Kover, a dénoncé "une tentative d'obstruction" sans précédent depuis le rétablissement de la démocratie en 1990.

Dirigeant controversé à l'étranger et régulièrement accusé d'atteintes à l'Etat de droit, Viktor Orban, confortablement réélu pour un troisième mandat d'affilée en avril, dispose d'une majorité des deux tiers pour son parti Fidesz au pouvoir depuis 2010. La loi a été adoptée par 130 voix contre 52, et une abstention.

Les syndicats hongrois ont menacé de ne pas en rester là et d'appeler à la grève générale ainsi qu'à des blocages de routes.

- La justice divise aussi -

Le Parlement hongrois a par ailleurs adopté mercredi une autre loi très contestée qui crée de nouvelles cours de justice administrative. Ces juridictions auront notamment à traiter de dossiers sensibles comme les appels d'offre publics ou les contentieux électoraux.

Selon ses détracteurs, le nouvel ordre juridique va porter atteinte au principe de séparation des pouvoirs car il donne au ministre de la Justice un rôle prépondérant dans la nomination des juges de la future Cour supérieure administrative.

Ce texte constitue "une nouvelle menace sérieuse pour l'Etat de droit en Hongrie", estime la branche hongroise de l'ONG de défense des droits Comité d'Helsinki.

Le gouvernement de Viktor Orban a été plusieurs fois épinglé pour des réformes jugées attentatoires aux libertés et à l'équilibre des pouvoirs, notamment dans le domaine de la justice.

Le ministre de la Justice Laszlo Trocsanyi a balayé ces craintes, expliquant que les nouvelles cours, qui verront le jour en 2020, rendront le système judiciaire plus efficace. Il s'est dit également prêt à tenir compte des remarques que devrait formuler un groupe d'experts européens à propos de cette loi.

Cette réforme "est simplement une décision politique qui vise à étendre le contrôle du gouvernement sur la justice", a vivement critiqué Amnesty international en Hongrie.

(©AFP / 12 décembre 2018 20h53)