Il faut relancer le moteur de la productivité, selon le FMI

Washington - La directrice générale du FMI Christine Lagarde a appelé lundi les pays riches à prendre des mesures pour relancer un progrès de la productivité, mesure clé de l'amélioration du niveau de vie à long terme.

Au cours des dix dernières années, depuis la crise financière et la récession, la croissance de la productivité dans les pays avancés s'est affaissée à +0,3% au lieu de +1% auparavant, a indiqué Mme Lagarde présentant à Washington un rapport du Fonds monétaire sur "l'énigme" du ralentissement de la productivité.

Si la productivité avait poursuivi sa hausse au rythme d'avant la crise, le Produit intérieur brut (PIB) des grandes économies seraient de 5% plus haut aujourd'hui, a-t-elle souligné.

Aux Etats-Unis, l'année 2016 a accusé la plus faible progression de la productivité moyenne annuelle depuis 2011, à +0,2% seulement par rapport à 2015, selon des données du ministère du Travail.

Mme Lagarde a plaidé pour un maintien des investissements publics dans la recherche fondamentale qui finance les innovations majeures.

Si les dépenses en recherche et développement étaient en hausse de 40% en moyenne, le Produit intérieur brut (PIB) des pays avancés pourrait progresser de 5% à long terme.

Elle a prôné un renforcement du commerce assurant, selon la phrase du philosophe Montesquieu, que "là où il y a du commerce, il y a de bonnes moeurs".

Selon le rapport du FMI, le processus d'intégration commercial de la Chine entre 1995 et 2007 a compté pour 10% dans l'amélioration de la productivité dans les pays avancés.

Face au vieillissement de la population, un des facteurs les plus important expliquant le ralentissement de productivité, les grands pays peuvent "optimiser les flux de réfugiés qui viennent à eux", a encore affirmé Mme Lagarde, plaidant pour un effort porté sur la formation.

- Vers une renaissance? -

Globalement, le tassement de la productivité dans les pays avancés relève beaucoup de l'héritage de la crise financière de 2008 qui a affaibli durablement les investissements.

Le vieillissement de la population a aussi un poids important pouvant compter jusqu'à 0,5 point de pourcentage dans le ralentissement de la progression de la productivité, souligne le rapport.

"Une renaissance" de la croissance de la productivité "tirée par le secteur de l'intelligence artificielle et par d'autres innovations est concevable, mais son ampleur et son calendrier sont difficiles à prévoir", affirme les experts du Fonds.

"Les innovations technologiques semblent s'accélérer à un rythme jamais vu, des voitures autonomes aux robots-avocats en passant par des impressions 3D d'organes humains", a affirmé Mme Lagarde.

Le rapport note par ailleurs que la mauvaise évaluation de l'impact du numérique: "oui, il y a une partie de la productivité qui n'est pas prise en compte", a reconnu Mme Lagarde.

Il est probable, reconnaît le FMI, que l'outil statistique mesure mal l'impact d'activités liées au numérique tels que les réseaux sociaux, la fourniture d'informations et de divertissement gratuits, qui génèrent ressources publicitaires et ventes.

"Un des soucis est l'exclusion du PIB de la valeur de l'information gratuite, des réseaux sociaux, du divertissement qui sont financés par les revenus publicitaires et la vente d'informations à propos des usagers", dit le rapport.

Si l'on y ajoute les services pair-à-pair (comme Uber), dont l'activité est encore faible dans le produit national mais qui a tendance à être sous-estimée, l'impact de la mauvaise évaluation de l'économie numérique équivaut à un dixième de pourcentage (0,1%) dans le ralentissement de la productivité aux Etats-Unis, selon le rapport.


(©AFP / 03 avril 2017 18h53)
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