Inde: un proche de Modi nommé chef de la Banque centrale réaffirme son indépendance

Le nouveau gouverneur de la Banque centrale d'Inde Shaktikanta Das à Bombay le 12 décembre 2018 / © AFP / Indranil MUKHERJEE
Le nouveau gouverneur de la Banque centrale indienne, un proche du Premier ministre Narendra Modi, a affirmé mercredi qu'il garantirait l'indépendance de l'institution, après la démission soudaine de son prédécesseur sur fond de contentieux avec le gouvernement.

Shaktikanta Das, 63 ans, a été désigné mardi chef de la Banque centrale indienne (RBI) à la suite du départ inattendu du chef de l'institution Urjit Patel après des mois de tensions avec le gouvernement Modi.

M. Patel, qui avait pris son poste en août 2016 et dont le mandat courait jusqu'en septembre 2019, a invoqué des "raisons personnelles" pour expliquer sa démission mais, d'après la presse locale, il était excédé par les efforts présumés de New Delhi pour influencer sa politique monétaire.

Ancien haut responsable du ministère des Finances et considéré comme un allié de Narendra Modi, M. Das a néanmoins tenu mercredi à réaffirmer l'indépendance de l'institut d'émission.

"Je maintiendrai l'autonomie, l'intégrité et la crédibilité de la RBI", a-t-il martelé devant la presse à Bombay.

Pour autant, il faudra que la Banque centrale engage "des discussions libres, équilibrées, objectives et très franches" avec le gouvernement, a ajouté M. Das.

Shaktikanta Das avait joué un rôle crucial dans la très controversée opération de "démonétisation" subite des billets de banque engagée par l'administration Modi en novembre 2016.

Outre ses relations avec le Premier ministre indien, c'est également un proche du ministre des Finances Arun Jaitley: de quoi faire redouter à certains experts que le gouvernement - dominé par le parti nationaliste Bharatiya Janata - interfère dans les décisions de la RBI.

A l'inverse, d'autres observateurs estiment que Shaktikanta Das pourrait construire des ponts entre la banque centrale et le gouvernement, modérant les vifs différends qui les opposent, et contribuant ainsi à consolider la troisième économie d'Asie.

Les quotidiens économiques indiens avaient rapporté en octobre que l'administration Modi avait envoyé au moins trois lettres au gouverneur afin d'influencer ses prises de décision.

New Delhi se serait dit mécontent de la politique monétaire sur de nombreux sujets, dont les taux d'intérêt, la manière d'utiliser les réserves et le déclin de la roupie, l'une des monnaies les moins performantes en Asie cette année, sur fond de ralentissement de l'activité.

A quelques mois d'élections prévues l'an prochain, auxquelles M. Modi doit briguer un second mandat, ce dernier est tenté d'inciter la RBI à favoriser la croissance: le gouvernement souhaiterait que l'institut monétaire abaisse les taux et injecte des liquidités dans l'économie, selon des analystes.



(©AFP / (12 décembre 2018 15h06)