Israël entre inquiétude et retenue face à la percée populiste en Allemagne

Alice Weidel (D) et Alexander Gauland, chefs de file du parti nationaliste Alternative pour l'Allemagne (AfD), à Berlin le 26 septembre 2017 / © AFP / John MACDOUGALL
Le succès historique de la droite populiste en Allemagne a été accueilli en Israël avec un mélange d'inquiétude et de relatif détachement tenant à la nature du parti AfD et à l'étroite relation entre les deux pays.

Comme toutes les nouvelles venues de Berlin et susceptibles de réveiller le spectre de l'Holocauste, la percée de l'Alternative pour l'Allemagne, arrivée troisième des législatives dimanche, a alarmé les survivants de la Shoah en Israël.

Berthe Badehi, 86 ans, qui a vécu cachée par des paysans français durant la Deuxième guerre mondiale, a dit à l'AFP être "très choquée" et "avoir peur" pour l'Europe.

"C'est comme un cancer qui se propage, c'est choquant que ça se passe en Allemagne", dit-elle.

"Je me souviens de ma peur quand, enfant, je croisais des soldats allemands. J'y ai repensé quand j'ai entendu le résultat de ce parti", ajoute-t-elle.

"Nous avons un ennemi en Allemagne", renchérit Saul Oren, autre juif de Jérusalem, installé en Israël depuis 1968 après avoir survécu aux camps nazis d'Auschwitz et de Sachsenhausen.

"Je suis inquiet mais on ne peut rien faire (en Israël) pour empêcher ce genre de choses d'arriver en Europe", affirme-t-il.

Cette inquiétude est répandue parmi les juifs. Ronald Lauder, le président du Congrès juif mondial, une fédération internationale de communautés et d'organisations juives, a dénoncé en l'AfD une "honteuse" formation "réactionnaire" rappelant "ce que le passé de l'Allemagne a de pire".

- Repentance et fierté -

L'Allemagne est confrontée à son "plus grand défi" depuis la naissance de la République fédérale en 1949 avec l'entrée à la chambre des députés d'un "parti qui tolère dans ses rangs des idées d'extrême droite et qui dénigre les minorités", a estimé le Conseil central des juifs en Allemagne.

"Un jour noir pour la démocratie allemande avec l'entrée au Bundestag d'un parti raciste et antisémite", a tweeté l'ancien dirigeant travailliste Amir Peretz.

L'un des chefs de file de l'AfD, Alexander Gauland, s'est voulu rassurant vis-à-vis des juifs.

"Il n'y a rien dans notre parti, dans notre programme, qui puisse ou doive inquiéter de quelque façon que ce soit les juifs qui vivent en Allemagne", a-t-il dit à la presse à Berlin.

Le succès de l'AfD, anti-islam et anti-immigration, parachève une virulente campagne.

Créée en 2013, l'AfD n'a pas embrassé le discours de groupuscules tentés par la violence antisémite, et n'est pas répertoriée comme étant d'extrême droite par Berlin.

Mais certains membres ont prêché la fin de la repentance pour les crimes nazis. M. Gauland a suscité la controverse en déclarant que ses compatriotes pouvaient être "fiers des prestations" des soldats allemands pendant les deux guerres mondiales. Un autre membre de l'AfD, Björn Höcke, a qualifié en janvier le mémorial de l’Holocauste à Berlin de "mémorial de la honte".

Soixante-dix ans après, le génocide juif demeure une pierre angulaire des relations entre Israël et l'Allemagne. Malgré des crispations récentes, Berlin est l'un des soutiens les plus fermes d'Israël au sein de l'Union européenne.

- 'Ras-le-bol' -

"Félicitations à Angela Merkel, amie véritable de l'Etat d'Israël, pour sa réélection comme chancelière allemande", a écrit le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur sa page Facebook. Mais il s'est gardé d'évoquer l'AfD.

Le ministère israélien des Affaires étrangères n'avait pas répondu lundi soir aux interrogations de l'AFP lui demandant si le gouvernement observerait avec l'AfD une politique de non-contact comme avec le Front national français.

L'AfD "n'est pas un parti néo-nazi comme le prétendent beaucoup de ses concurrents, même si un certain nombre de néo-nazis ont voté pour lui hier", a écrit dans un éditorial le quotidien Israel Hayom, soutien notoire de M. Netanyahu.

L'AfD "n'est pas non plus un parti raciste et antisémite, même si un certain nombre de ses membres ont des opinions antisémites et racistes", a-t-il ajouté, en référence au caractère disparate de la composition et de l'électorat du parti.

La majorité des électeurs de l'AfD ont "exprimé un ras-le-bol, le même qui a amené Donald Trump au pouvoir", a abondé Avi Primor, ancien ambassadeur d'Israël en Allemagne, dans le journal Maariv.

Le député de droite nationaliste Yehuda Glick s'est cependant attiré de vives réactions sur Twitter en défendant l'une des dirigeantes de l'AfD, Frauke Petry, qui selon lui "lutte intensivement pour expulser du parti toute personne suspectée d’antisémitisme".



(©AFP / 26 septembre 2017 12h57)
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