Japon: l'inflation dangereusement basse, la BoJ sous pression

(synthèse)

Tokyo (awp/afp) - L'inflation a encore ralenti en janvier au Japon pour tomber à son plus bas niveau depuis mai 2013, marquant un retour à la case zéro pour la banque centrale dont l'offensive monétaire lancée à l'époque a perdu son élan.

Selon des données gouvernementales publiées vendredi, les prix ont augmenté globalement de 2,4% et de seulement 2,2% hors ceux des produits périssables, soit une modeste progression de 0,2% sur un an en excluant l'impact du relèvement en avril dernier de la taxe sur la consommation.

Cette statistique, sur la pente descendante depuis juillet 2014, accentue la pression sur la BoJ, engagée dans une lutte de longue haleine contre la déflation, un phénomène pernicieux qui décourage investissements et achats dans l'archipel depuis une quinzaine d'années.

Le Premier ministre conservateur Shinzo Abe a fait de ce combat sa priorité depuis son retour au pouvoir fin 2012.

Sous son impulsion, la BoJ a réinventé sa politique en lançant un massif programme de rachat d'actifs en avril 2013.

Dans un premier temps, les prix sont effectivement repartis à la hausse, pour la première fois depuis avril 2012, sur fond de reprise de l'économie. Mais l'augmentation de TVA a changé la donne, plongeant le pays en récession et forçant la banque centrale à accélérer le mouvement fin octobre.

DOUTES SUR LE CALENDRIER DE LA BOJ

Depuis, le Japon est certes sorti du marasme, mais la reprise reste fragile, comme en témoigne la 10e chute consécutive de la consommation des ménages en janvier (-5,1%), même si cette donnée est à relativiser du fait d'une base de comparaison défavorable. Les Nippons avaient en effet pris d'assaut les magasins début 2014, en amont du changement fiscal. Les ventes de détail ont également fléchi de 1,3%.

L'évolution des prix a en outre été freinée ces derniers mois par la dégringolade des cours de l'or noir.

Si la BoJ a pris acte de cette inquiétante tendance, son gouverneur, Haruhiko Kuroda, s'obstine à croire toujours possible - officiellement du moins - une inflation à 2% aux alentours de 2016, et l'institution a reconduit la semaine dernière à l'identique ses actions, jugeant que le temps n'était pas encore venu d'un nouvel assouplissement.

Mais les minutes de la réunion de janvier ont révélé des dissensions entre les neuf membres du comité de politique monétaire sur le calendrier.

Quant aux économistes, ils sont plus que sceptiques, prédisant même une nouvelle période de déflation dans les mois à venir et, dans la foulée, un nouveau geste de la banque centrale.

"Actuellement la grande majorité prévoit un assouplissement supplémentaire d'ici à la fin de l'année", les uns dès le mois d'avril, les autres en juillet ou octobre, détaille SMBC Nikko Securities dans une note.

- Négociations salariales sous haute surveillance -

Seule note positive, les industriels ont accru au-delà des espérances leur production le mois passé (+4%), un niveau inédit depuis juin 2011.

Ils ont visiblement été confortés par le récent redressement des exportations, dopées par la solidité de l'économie américaine et l'affaiblissement du yen qui renforce la compétitivité à l'étranger des grandes firmes nippones - conséquence indirecte de la stratégie de relance "abenomics".

L'embellie ne va pas durer, tempère cependant Marcel Thieliant, analyste chez Capital Economics, pointant la "morosité" persistante de la demande intérieure. Selon un sondage mené par le ministère de l'Industrie, les entrepreneurs, qui ont pourtant tendance à faire preuve d'un surcroît d'optimisme, tablent sur une hausse de seulement 0,2% de la production en février, avant un déclin de 3,2% en mars.

Le taux de chômage reste pour sa part tout à fait honorable, même s'il est remonté de 0,2 point sur la période passée en revue, à 3,6% de la population active, dans un environnement du travail exceptionnel (114 offres d'emploi pour 100 demandes).

Dans ce contexte, le secteur privé doit aussi jouer le jeu, estiment le gouvernement et la banque centrale. Et d'appeler inlassablement les grandes entreprises à partager les profits engrangés grâce à la dépréciation de la devise nippone, en élevant les rémunérations de leurs salariés, alors que viennent de débuter les négociations du printemps.

afp/rp

(AWP / 27.02.2015 06h36)