L'Azerbaïdjan "diffamé" sur France 2: le parquet requiert la relaxe

Versailles - Le parquet a requis mercredi en appel un abandon de la procédure ou, à défaut, une relaxe de France Télévisions, attaqué en diffamation par l'Azerbaïdjan pour la diffusion d'un reportage où cet Etat était présenté comme une "dictature".

En première instance, le tribunal correctionnel de Nanterre avait estimé la plainte azerbaïdjanaise irrecevable, jugeant qu'un Etat, n'étant pas un particulier, ne pouvait attaquer en diffamation, en vertu de la loi sur la presse de 1881. Mais le régime de Bakou avait fait appel, arguant d'un "déni de justice".

L'ex-république soviétique du Caucase avait porté plainte peu après la diffusion le 7 septembre 2015 sur France 2 d'un reportage sur les coulisses des voyages présidentiels de François Hollande. La présentatrice de l'émission Elise Lucet avait introduit le sujet en présentant le régime de Bakou comme une "dictature, l'une des plus féroces au monde".

Évoquant le même jour sur France Info le reportage dont il est l'auteur, le journaliste d'investigation Laurent Richard - également jugé dans cette affaire, tout comme la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte - avait à son tour qualifié le président azerbaïdjanais Ilham Aliev de "dictateur" et de "despote".

En première instance, le tribunal de Nanterre avait estimé que "la loi sur la liberté de la presse a(vait) pour objectif d'assurer la liberté d'expression et ne permet(tait) pas à un Etat d'engager des poursuites contre un particulier", comme l'ont plaidé les avocats de la défense tout au long de la procédure.

Me Olivier Pardo, avocat du plaignant, a estimé que les émissions comme "Cash investigation" participaient d'une "presse de dénonciation". Elles "n'ont qu'un principe, c'est l'animosité, et un but, un seul: pas celui de nous informer, mais de crucifier, de stigmatiser", a-t-il ajouté, qualifiant l'État qu'il défend de régime "pas parfait" et "certes autoritaire" mais pas dictatorial.

L'Azerbaïdjan est "une dictature qui avance masquée, qui se pare des atours de la démocratie pour mieux masquer ses agissements: journalistes indépendants emprisonnés, opposition complètement muselée...", a tancé a contrario Me Juliette Félix, conseil de France Télévisions et de Mme Lucet.

L'Azerbaïdjan occupe la 163e place sur 180 dans le classement de la liberté de la presse établi en 2018 par l'ONG Reporters sans frontières (RSF).

Selon cette organisation, c'est la première fois qu'un Etat étranger poursuit un journaliste sur le sol français. Il est d'ailleurs rarissime qu'un Etat poursuive un individu.

L'arrêt de la cour d'appel est attendu le 19 septembre.

(©AFP / 13 juin 2018 20h33)
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