L'OPA chinoise sur Energias de Portugal a du plomb dans l'aile

Lisbonne - Le rachat du groupe électricien Energias de Portugal (EDP) par son principal actionnaire China Three Gorges (CTG), une opération chiffrée à environ 9 milliards d'euros, a pris du plomb dans l'aile depuis son annonce préliminaire en mai, selon les analystes.

"Les investisseurs doutent du succès de cette OPA", déclare à l'AFP Paulo Rosa, analyste de la banque Carregosa, qui en veut pour preuve l'évolution du cours de l'action EDP, retombé à son niveau d'il y a six mois, au moment de l'annonce de CTG, après avoir grimpé de 13,5% jusqu'à début août.

Vendredi matin, au lendemain de la publication de résultats trimestriels décevants, le titre EDP reculait de 2,3% à 3,10 euros à l'ouverture de la Bourse. Sur les neuf premiers mois de l'année, l'ancienne compagnie publique d'électricité a dégagé un bénéfice en forte baisse de 74%, à 297 millions d'euros.

Aussitôt après l'annonce de l'OPA, l'administration d'EDP avait jugé son prix "trop bas". Depuis, l'opération s'est heurté à d'autres obstacles, liés notamment à l'obtention des autorisations nécessaires auprès des régulateurs des pays où EDP est implanté.

"On s'attend à un parcours difficile pour cette OPA car elle doit obtenir l'aval d'entités de régulation" de 18 pays différents, souligne Pedro Lino, analyste chez Dif Broker.

- Guerre commerciale -

En effet, la première entreprise portugaise, avec une capitalisation boursière de 11,4 milliards d'euros, réalise la moitié de son chiffre d'affaires à l'international, principalement en Espagne, au Brésil et aux Etats-Unis, où sa filiale pour les énergies renouvelables est un important acteur du secteur, avec une part de marché de 33%.

"Les délais d'obtention de ces autorisations sont en ligne avec ceux d'opérations comparables en termes de dimension et de complexité", a affirmé de son côté China Three Gorges, dans une déclaration à l'agence Bloomberg.

La guerre commerciale entre Pékin et Washington est pourtant venue compliquer les négociations aux Etats-Unis.

"CTG pourrait devoir renoncer à cette filiale en raison d'éventuels problèmes de régulation posés par les autorités américaines et à la position de la présidence de Donald Trump" face aux investissements chinois, estime Octavio Viana, président de l'association des investisseurs et analystes du marché de capitaux (ATM).

Ces difficultés pourraient ouvrir la voie à une OPA concurrente sur l'ensemble d'EDP ou sur sa filiale EDP Renovaveis, que pourraient lancer "des acteurs européens de poids, parmi lesquels le français Engie", ajoute-t-il.

Le dossier n'est guère plus simple du côté des instances européennes, qui n'ont même pas encore été officiellement saisies par China Three Gorges.

- "Fonds vautour" -

"Il y a juste eu des contacts en vue d'une pré-notification" pour permettre à l'entreprise chinoise de s'informer des procédures et des délais à respecter, a expliqué la Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, qui était cette semaine à Lisbonne.

L'OPA pourrait également buter sur la réglementation européenne concernant le secteur de l'énergie, qui exige une séparation complète des activités de production, de distribution et de fourniture d'électricité, écrivait jeudi le quotidien économique portugais Jornal de Negocios.

En plus de sa participation de 28% dans EDP à travers CTG et CNIC, un fonds d'investissement chinois, l'Etat chinois possède également 25% du gestionnaire du réseau électrique portugais REN, via la société State Grid.

"CTG aura du mal à satisfaire aux exigences des régulateurs, si bien que cela finira pas fragiliser les chances de succès de l'OPA", résume Paulo Rosa.

Depuis le lancement de l'OPA, la structure actionnariale du groupe portugais s'est sensiblement modifiée, avec la sortie du fonds de pension américain Capital Group et l'entrée du fonds Elliott, qui possède désormais une participation de 2,22%.

Parfois qualifié de "fonds vautour" en raison de son intérêt pour des pays fragilisés financièrement, Elliott a régulièrement investi dans des entreprises en difficulté, en engageant souvent un bras de fer avec leur direction.

lf/tsc/cj

EDP - ENERGIAS DE PORTUGAL

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EDP RENOVAVEIS

ENGIE

(©AFP / 09 novembre 2018 12h26)
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