L'armée britannique frappe en Syrie "un complexe militaire" près de Homs

Londres (Royaume-Uni) - Des avions de combat britanniques ont tiré samedi des missiles contre des installation militaires en Syrie, premières frappes britanniques contre le régime de Bachar al-Assad, en représailles à l'usage présumée d'armes chimiques par Damas contre sa population.

"Il n'y a pas d'alternative à l'usage de la force pour dégrader et empêcher le recours à des armes chimiques par le régime syrien", a affirmé la première ministre britannique Theresa May dans un communiqué, rendant Damas responsable d'une attaque chimique présumée dans la ville de Douma samedi 7 mars, qui a fait "jusqu'à 75 morts". "Nous avons cherché tous les recours diplomatiques", ajoute-t-elle, "mais nos efforts ont été constamment déjoués".

En conséquence, la cheffe du gouvernement explique qu'elle a autorisé les forces armées britanniques à conduire "des frappes ciblées et limitées" contre des installations militaires du régime de Bachar al-Assad, afin de "prévenir" le recours aux armes chimiques.

Ces frappes ont été menées samedi à partir de 01h00 GMT. "La contribution britannique à l'action coordonnée a été réalisée par quatre avions de combat Tornado GR4 de la Royal Air Force", a précisé le ministère britannique de la Défense dans un communiqué.

"Ils ont lancé des missiles Storm Shadow contre un complexe militaire - une ancienne base de missiles - à 24 kilomètres à l'ouest de Homs". Cette cible, "où le régime est supposé conserver des armes chimiques", a été déterminée à la suite d'une "analyse scientifique très méticuleuse", visant à maximiser la destruction de l'arsenal chimique syrien, selon le ministère.

"La communauté internationale a réagi de manière décisive, faisant un usage légal et proportionné de la force militaire", a estimé le ministre britannique de la Défense, William Gavinson.

Le ministère a jugé "réussies" les frappes menées par les avions de combat britanniques, tout en précisant qu'une analyse des conséquences de l'intervention sont toujours en cours.

- "Érosion des normes" -

Londres accuse Damas d'avoir recours à des armes chimiques "contre son propre peuple", de la manière "la plus cruelle et la plus odieuse qui soit".

L'intervention militaire a donc été décidée, selon la Première ministre, aussi bien pour "protéger des personnes innocentes en Syrie", que pour empêcher "l'érosion des normes internationales" interdisant le recours à des armes chimiques.

C'est la première la fois que Theresa May, depuis son accession à la tête du gouvernement, à l'été 2016, ordonne une intervention militaire des forces armées britanniques.

"Je le fais parce que j'estime que c'est dans l'intérêt national" du Royaume-Uni, a-t-elle précisé.

Jeudi, le gouvernement, réuni d'urgence, avait donné son feu vert à Theresa May pour décider d'éventuelles frappes militaires contre la Syrie, dans le cadre d'une réponse coordonnée avec les États-Unis et la France.

Plusieurs voix, dans l'opposition comme dans la majorité, s'étaient élevées pour exiger une consultation du Parlement avant tout engagement militaire, consultation qui n'aura finalement pas eu lieu.

Selon un sondage YouGov réalisé auprès de 1.600 personnes et publié jeudi dans le Times, 43% des Britanniques s'opposent à des frappes aériennes en Syrie, quand seulement 22% s'y déclarent favorables (34% d'indécis).

Vendredi, le leader de l'opposition, le travailliste Jeremy Corbyn, avait accusé le gouvernement britannique "d'attendre les instructions" du président américain Donald Trump sur la riposte à mener en Syrie.

En 2013, le Parlement s'était opposé à des frappes aériennes contre le régime de Bachar al-Assad.

Comme la France et les Etats-Unis, le Royaume-Uni s'est largement implanté militairement au Proche-Orient dans le cadre de la coalition antijihadiste: au 13 février 2018, les militaires britanniques avaient mené 1.700 frappes aériennes contre le groupe État islamique en Irak et Syrie.


(©AFP / 14 avril 2018 03h25)
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