L'avenir d'Ascoval tranché le 19 décembre, les salariés entre soulagement et prudence

L'entrée de l'usine Ascoval de Saint-Saulve, le 29 janvier 2018 / © AFP/Archives / FRANCOIS LO PRESTI
"On n'y croira réellement qu'avec l'officialisation" : même si la reprise de l'aciérie d'Ascoval par le groupe franco-belge Altifort semble actée, à Saint-Saulve (Nord), les salariés, bien que soulagés, restaient prudents mercredi en attendant d'être fixés sur leur sort le 19 décembre.

"Tous les avis sont favorables à la reprise par Altifort, notamment celui de l'administrateur judiciaire, des salariés, du juge commissaire et du procureur, il n'y a plus de clause suspensive", a déclaré à la presse Cédric Orban, président d'Ascoval, à l'issue de l'audience de la chambre commerciale du TGI de Strasbourg, qui a mis sa décision en délibéré au 19 décembre.

"L'offre de reprise est solide, il y a raison à être optimiste, mais on a appris à être prudent", a ajouté le patron de cette aciérie de 281 salariés.

Même son de cloche chez Bruno Kopczynski, porte-parole de la coordination syndicale et élu CFDT, qui a assisté à l'audience: "pour l'instant, on laisse les bouteilles au frais... On se refuse à tout triomphalisme. Quelques dernières pièces sont attendues, mais on n'est plus à un jour près".

A Saint-Saulve, dans les couloirs de l'aciérie, l'information sur le délibéré a rapidement circulé parmi les salariés, qui avaient mis la production en pause pour cette journée.

Nacim Bardi, délégué CGT, s'est dit "plutôt satisfait" après cette annonce. "On est plus confiants que la semaine dernière, les points bloquants sont levés, le dossier est complet et le projet est maintenant viable et solide", s'est-il réjoui auprès de l'AFP.

Le groupe Vallourec / © AFP / Selim CHTAYTI
"Depuis le début, on voulait nous tuer. Il a fallu batailler. La semaine prochaine, on vous dira qu'on a réussi -avec les élus locaux, l'intersyndicale- l'union sacrée, à réunir toutes les forces, à montrer à Bercy que notre vision était la meilleure, à écarter des gens qui polluaient le dossier, à faire en sorte que le projet puisse aboutir, et j'espère qu'à la fin il aboutira", a-t-il ajouté.

"J'aurais aimé une décision aujourd'hui pour qu'on puisse reprendre le travail sereinement", a pour sa part confié Gérard Peters, agent de maintenance chez Ascoval depuis plus de 37 ans, qui s'attend à une semaine "très longue".

- "Positif et rassuré" -

Son collègue Patrick Agthe, salarié depuis 1976, s'est dit quant à lui "très positif et rassuré. Mais avec toutes ces années d'attente, on n'y croira réellement qu'avec l'officialisation le 19", soufflait-il.

A l'issue de l'audience, le directeur général d'Altifort, Bart Gruyaert, seul candidat en lice, n'a pas commenté la mise en délibéré de la décision, se contentant de rappeler le détail de son offre de 152 M EUR.

Le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand (2è g) s'entretient avec des employés d'Ascoval et des représentants Altifort, le 10 décembre 2018, à Paris / © AFP / JACQUES DEMARTHON
Elle se décompose en 47 M EUR de fonds publics "sous forme de prêt" (25 M EUR de l'Etat, 12 M EUR de la Région Hauts-de-France et 10 M EUR de Valenciennes-Métropole), 35 M EUR d'apport d'Altifort, 40 M EUR de crédit-bail pour le financement d'un futur train à fil et 30 M EUR d'affacturage.

Créée en 1975 par Vallourec, l'aciérie de Saint-Saulve, productrice d'aciers spéciaux, est devenue Ascoval en 2017.

Elle est en redressement judiciaire depuis janvier dernier. Elle faisait partie jusqu'en début d'année du groupe sidérurgique Ascométal mais elle n'a pas été inclue dans la reprise de ce dernier par le Suisse Schmolz + Bickenbach.

Altifort est un groupe de métallurgie basé à Ham (Somme), propriété de Stanislas Vigier, son président, et Bart Gruyaert. Constitué il y a quatre ans, il a grandi par rachats successifs pour atteindre un effectif de 1.500 salariés, dont 1.370 en France, et un chiffre d'affaires prévisionnel annoncé de 200 millions d'euros cette année.

L'offre de départ d'Altifort impliquait que Vallourec maintienne pendant un an et demi son niveau actuel de commandes, mais le sidérurgiste a refusé, obligeant le gouvernement et le groupe franco-belge à travailler sur une proposition alternative avec des sources de financement et des clients supplémentaires.

bur-mn-cmk-fs-zl/rl/nm



(©AFP / (12 décembre 2018 15h13)