L'Ukraine multiplie les mises en garde face au risque d'intervention russe

Donetsk (Ukraine) - L'Ukraine craignait samedi une intervention militaire russe sous prétexte d'une opération humanitaire dans l'est de son territoire, où les combats à l'arme lourde faisaient rage dans des zones densément peuplées comme le principal bastion rebelle, Donetsk.

A l'issue d'une semaine marquée par une nouvelle escalade des tensions internationales, Kiev multiplie les signaux d'alarme concernant une possible entrée des troupes russes au moment où son offensive est dans une phase décisive.

La plus grande ville du bassin minier du Donbass (un million d'habitants avant les hostilités) s'est réveillée une nouvelle fois au son des tirs de mortier.

Une journaliste de l'AFP a entendu de fortes explosions, apparemment dans deux endroits différents, vers 06H00 locales (03H00 GMT), puis de nouveau en fin de matinée.

Selon la mairie, aucun immeuble d'habitation n'a été touché directement et aucune victime n'était à déplorer samedi matin, mais de nombreuses fenêtres ont été soufflées, a précisé la même source dans un communiqué.

Dans le quartier Kyivski, dans le nord-ouest de la ville, une équipe de l'AFP a vu une ligne électrique mise à terre par la chute d'un arbre devant un immeuble de cinq étages aux fenêtres brisées.

Ce sont les autorités ukrainiennes qui tirent sur la République de Donetsk (proclamée par les rebelles, ndlr) depuis l'aéroport, a estimé un habitant du quartier.

- Mission humanitaire -

L'offensive des forces ukrainiennes lancée il y a quatre mois se concentre désormais sur les principales places fortes rebelles. A Donetsk, les combats ont tué plusieurs civils ces derniers jours, notamment après la chute d'un obus sur un hôpital.

A Lougansk, autre grande ville sous contrôle séparatiste, les autorités locales ne cessent de mettre en garde contre une possible catastrophe humanitaire car eau, électricité et approvisionnement alimentaire sont coupés.

La situation se complique chaque jour pour les civils après près de quatre mois d'un conflit qui a causé selon l'ONU plus de 1.300 morts et le départ de 300.000 habitants de l'Est, réfugiés en Russie ou déplacés dans les autres régions de l'Ukraine.

Au cours d'une réunion d'urgence à l'ONU vendredi, la Russie a proposé de mener une mission humanitaire ou de créer des couloirs humanitaires pour venir en aide à la population de l'Est de l'Ukraine, une proposition rejetée par Washington.

L'aide d'urgence doit être acheminée par des organisations humanitaires qui en ont l'expérience, pas par la Russie, a répliqué l'ambassadeur américain Samantha Power. Toute intervention supplémentaire de la Russie en Ukraine serait totalement inacceptable et considérée comme une invasion de l'Ukraine.

L'ambassadeur ukrainien Olexandre Pavlitchenko a affirmé de son côté avoir des raisons de craindre une intervention d'envergure russe sous prétexte d'une mission de maintien de la paix.

A la télévision ukrainienne vendredi soir, le numéro deux de l'administration présidentielle ukrainienne, Valéry Tchaly, a accusé la Russie d'avoir déjà tenté d'envoyer un convoi humanitaire en Ukraine.

Soi-disant en accord avec le Comité international de la Croix Rouge, un convoi humanitaire devait entrer sur le territoire ukrainien avec des troupes de maintien de la paix, évidemment pour provoquer un conflit d'ampleur, a-t-il affirmé.

Selon lui, le président ukrainien Petro Porochenko a arrêté cette provocation par la voie diplomatique, après s'être entretenu au téléphone avec le secrétaire d'Etat John Kerry. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavlo Klimkine s'est entretenu avec son homologue russe Sergueï Lavrov, qui a assuré que le convoi serait arrêté, a rapporté M. Tchaly.

- la Croix Rouge sollicitée -

Le Comité international de la Croix Rouge (CICR) a confirmé avoir reçu une proposition de la part de la diplomatie russe afin d'organiser des convois humanitaires vers la Russie.

Cela ne peut se faire que si toutes les parties, Kiev, la Russie et les rebelles se mettent d'accord sur les modalités et acceptent le fait que le CICR doit rester neutre, a indiqué une porte-parole Sitara Jabeen.

L'Otan estime que le nombre de soldats russes postés près de la frontière ukrainienne est passé en trois semaines de 12.000 à 20.000 hommes. Le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen, a sommé la Russie de retirer ses soldats de la frontière.

Visée par des sanctions économiques sans précédent, la Russie a répliqué cette semaine en décrétant un embargo sur un grand nombre de produits alimentaires européens et américains (fruits, légumes, viande, produits laitiers...).

(©AFP / 09 août 2014 11h26)