La Banque mondiale presse l'Ukraine de créer une cour anticorruption

Kiev - La Banque mondiale a pressé mardi l'Ukraine de remplir son engagement de créer une cour spéciale pour lutter contre la corruption endémique qui prive selon elle ce pays de "1% à 2% de sa richesse nationale chaque année.

"Nous attendons avec impatience le moment où ce tribunal sera établi", a déclaré mardi le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre Volodymyr Groïsman à Kiev.

"La corruption coûte au pays environ 1% à 2% de croissance économique potentielle par an", a renchéri M. Kim dans un communiqué peu avant sa rencontre avec le président Petro Porochenko, accusé par ses critiques de bloquer la création du cette cour.

Il a également exhorté Kiev à autoriser la vente de ses terres agricoles, sujet très controversé dans de pays, qui compte 30% des très fertiles terres noires du monde mais reste un des plus pauvres en Europe.

La corruption présente en Ukraine à tous les échelons de la société constitue un frein majeur à l'arrivée d'investissements étrangers dont elle a fort besoin alors que son économie sort de plusieurs années de crise aggravée par la guerre dans l'Est.

La croissance du produit intérieur brut s'est élevée à 0,2% au troisième trimestre par rapport au deuxième, selon des statistiques officielles publiées mardi. Sur un an, la croissance s'est élevée à 2,1%, un rythme marquant un ralentissement et qui reste limité vu l'effondrement de l'activité ces dernières années.

Pressé par les Occidentaux et des militants ukrainiens, M. Porochenko a déclaré en octobre qu'une cour anticorruption devrait être mise en place dès 2018, après l'adoption des lois nécessaires d'ici la fin de l'année.

Cependant, le Parlement ukrainien n'est pas parvenu mardi à voter le retrait d'un projet de loi en ce sens formellement nécessaire, selon le président, pour qu'un nouveau texte tenant compte de suggestions européennes puisse être soumis à l'examen des députés.

Seulement 144 députés contre le minimum requis de 226 ont voté en faveur du retrait. Le parti présidentiel et celui de l'ex-Premier ministre Arseni Iatseniouk, qui comptent ensemble 219 députés, n'ont donné que 93 votes favorables.

Malgré la création de nouvelles structures anticorruption - notamment le Bureau national anticorruption ukrainien (NABU) et le parquet spécialisé dans la lutte contre la corruption (SAP) - la lutte contre ce fléau se heurte à la résistance des autres services de l'État.

Aucun haut responsable n'a par ailleurs été condamné par la justice depuis la chute de l'ex-président prorusse Viktor Ianoukovitch en dépit d'arrestations très médiatisées.

"Le bon travail du NABU et du SAP (...) ne peut pas être complété sans une cour indépendante", a déploré M. Kim.

Les critiques du pouvoir accusent le président Porochenko de traîner les pieds pour préserver ses alliés.

La lutte contre la corruption des élites était l'une des revendications majeures du soulèvement pro-européen du Maïdan en 2013-2014 et reste l'une des exigences clés des soutiens occidentaux au pouvoir actuel, issu de ce mouvement.


(©AFP / 14 novembre 2017 17h16)
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