La CGT bat le pavé dans le calme pour tenter de se faire entendre

Une des banderoles de la manifestation du 14 décembre 2018 à Paris, à l'appel de la CGT / © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
Fonctionnaires, lycéens, salariés du privé... Plusieurs milliers de personnes ont manifesté vendredi dans toute la France pour réclamer des hausses de salaires à l'appel de la CGT, déboussolée par le mouvement des "gilets jaunes", qui a obtenu des concessions de l'exécutif et dont quelques-uns ont battu le pavé à ses côtés.

"Les mobilisations ne s'opposent pas. C'est bien qu'il y ait des actions collectives, des +gilets jaunes+, +gilets rouges+, +gilets bleus+, peu importe. Maintenant, il faut que ces actions puissent converger", s'est exclamé le numéro un de la CGT Philippe Martinez juste avant de manifester à Paris, de la place de la République à la Nation, où la fin du cortège est arrivée vers 15H00.

Solidaires et la FSU, premier syndicat dans l'Éducation nationale, participent à cette journée d'action, ainsi que les étudiants de l'Unef et les lycéens de l'UNL. Des unions départementales de FO étaient également présentes dans les cortèges, de même que des représentants du PCF, de La France insoumise (LFI) et du NPA.

À Lyon où ils étaient 2.500 selon la police, Saint-Etienne, Grenoble (1.400 personnes dans chaque ville selon des sources policière et préfectorale), Bordeaux ou encore au Puy-en-Velay, les manifestants s'étaient ralliés au mot d'ordre du jour : "Tous mobilisés pour le libre accès à l'éducation, l'emploi, les salaires, les services publics, la retraite par répartition".

Parmi les pancartes, certaines dénonçaient la "poudre aux yeux" et "l'enfumage" des annonces d'Emmanuel Macron, notamment sur "l'augmentation bidon du Smic".

Une des banderoles de la manifestation du 14 décembre 2018 à Lyon / © AFP / JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Les lycéens étaient nombreux partout, affichant des banderoles comme "Sélection, piège à cons". Certains chantaient : "Un pas en avant, et deux pas en arrière, c'est la politique du gouvernement".

"ParcourSup, c'est vraiment galère. On a beaucoup d'amis qui sont déscolarisés cette année parce qu'ils n'ont pas eu ce qu'ils voulaient après le bac", a expliqué à l'AFP Elya Rebet, 17 ans, en première année de droit à Lyon 3.

"Je trouve inadmissible qu'on disperse des options comme l'art ou la musique et qu'on rende ParcourSup plus sélectif", a renchéri Céleste, 17 ans, élève au lycée Saint-Exupéry à Lyon, et qui souhaite rentrer aux Beaux-Arts.

À Paris, des dizaines de lycéens se mettaient en scène, s'agenouillant mains sur la tête, en écho aux interpellations de Mantes-la-Jolie la semaine dernière, avec une pancarte: "Alors les CRS, ça gaz ?"

Des étudiants manifestent le 14 décembre 2018 à Paris, contre les réformes de l'éducation / © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
À Rennes, près de 400 personnes ont défilé sans incident dans le froid et sous un grand soleil, dont des enseignants, des pompiers-secouristes, des personnels des hôpitaux, a constaté l'AFP.

- "Aller au devant" des "gilets jaunes" -

Les syndicats, et la CGT en particulier, sont bousculés depuis un mois par le mouvement des "gilets jaunes"."Il est évident que l'avenir est sombre pour les organisations syndicales, car les +gilets jaunes+ ont fait la démonstration que, par des mobilisations horizontales via les réseaux sociaux, il est possible de parvenir à créer des dynamiques ou des rapports de forces, qu'elles-mêmes n'arrivent plus à créer", expliquait récemment à l'AFP Stéphane Sirot, spécialiste du syndicalisme.

Seul Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, qui a par ailleurs détrôné cette semaine la CGT comme premier syndicat, tous secteurs confondus, après les élections dans la fonction publique, a essayé de se placer dans le jeu gouvernemental depuis le début.

Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez (au centre), lors de la manifestation du 14 décembre 2018 à Paris / © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT
La stratégie de la CGT est quant à elle difficilement lisible : la centrale de Montreuil paraît dépassée par un mouvement social inédit, qui compte à certains endroits des militants CGT dans ses rangs, tandis qu'ailleurs, la discussion est impossible. "La majorité des +gilets jaunes+ n'ont jamais croisé de syndicats, donc ils sont très réservés, donc on essaie d'aller au devant", a reconnu M. Martinez, qui dit partager leur colère.

En interne, plusieurs fédérations ont souhaité que "des discussions puissent se tenir partout" avec les "gilets jaunes", pour que "chacun contribue dans son domaine à développer le rapport de forces". "La CGT ne peut pas détourner le regard de cette colère sociale", ont écrit plusieurs dizaines de ses militants, dont l'ancien délégué des "Conti" Xavier Mathieu, dans une "lettre ouverte" relayée par le quotidien Libération.

Le 1er décembre, alors que le mouvement des "gilets jaunes" avait démarré depuis deux semaines, la CGT a rassemblé 2.100 personnes selon la police - 15.000 de source syndicale - pour une journée traditionnelle de mobilisation en faveur des précaires et des chômeurs.



(©AFP / (14 décembre 2018 15h25)