La Grèce interpellée par des ONG et le HCR sur des refoulements vers la Turquie

Athènes - Des centaines de réfugiés et migrants, y compris enfants et familles, ont été refoulés depuis le printemps de Grèce en Turquie en dépit d'alertes adressées aux autorités grecques contre cette pratique illégale, ont dénoncé mercredi trois ONG grecques dans un rapport.

La représentation en Grèce du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) a également fait part de l'"inquiétude profonde" de l'agence onusienne face au "nombre significatif de témoignages sur des renvois informels forcés" vers la Turquie.

"Nous avons exprimé ces inquiétudes à de nombreuses reprises aux autorités grecques" dont la "réponse jusque là à ces pratiques n'a pas eu les résultats requis" pour garantir le respect du droit d'asile, a ajouté HCR-Grèce, réagissant pour l'AFP au rapport.

Les refoulements, qui constituent des violations du droit international, sont devenus "la nouvelle normalité" à la frontière terrestre gréco-turque, délimitée par le fleuve Evros, dans le nord-est du pays, accusent les ONG.

Parmi elles, le Conseil grec des réfugiés (GCR) avait déjà alerté sur la question en février dernier, suivi par le Conseil de l'Europe.

Déniant toute implication officielle, les autorités ont annoncé des enquêtes sur la possible action de milices, mais sans aucun résultat connu jusque là.

Le nouveau rapport recense 39 témoignages notamment de Syriens, Turcs, Afghans, Irakiens, recueillis depuis le printemps dernier dans des centres migratoires proches de la frontière en Grèce, que ces exilés ont fini par rallier après plusieurs tentatives de passages groupés.

Leurs témoignages convergent pour décrire des interceptions et des détentions par des individus en civil ou portant des uniformes militaires ou policiers, parfois cagoulés, avant des embarquements de force à bord de canots pour retraverser l'Evros vers la Turquie.

Nombre de témoignages font aussi état de mauvais traitements et de vol. Les "refouleurs" parlent grec en majorité, mais parfois aussi notamment allemand ou anglais, selon leurs victimes présumées.

"La fréquence et la caractère répétitif des témoignages (...) attestent d'une pratique extensive de refoulements", qui "expose l'Etat et constitue une menace pour l'Etat de droit en Grèce", souligne le rapport.

Le flux via la frontière terrestre gréco-turque a presque triplé en 2018, avec selon le ministère grec de la politique migratoire, 14.000 personnes interceptées jusque là contre 5.400 en 2017, dont notamment des demandeurs d'asile turcs fuyant la répression dans leur pays.

La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) avait d'ailleurs dénoncé dès 2017 le refoulement à cette frontière d'un journaliste turc, le directeur de publication du magazine Nokta, Murat Capan, condamné dans son pays à 22 ans et 6 mois ans de prison.

(©AFP / 12 décembre 2018 13h25)