La Suède ferme le pont de l'Öresund aux migrants sans papiers

Pour la première fois depuis un demi-siècle, la Suède, dépassée par l'afflux de migrants, exigeait lundi une pièce d'identité pour tous les voyageurs entrant sur son sol depuis le Danemark. Ce pays est la principale porte d'entrée des réfugiés dans le royaume.

Stockholm impose jusqu'à nouvel ordre aux compagnies de trains et d'autocars qui empruntent le pont-tunnel de l'Öresund reliant les deux pays d'effectuer des contrôles d'identité avant l'embarquement, côté danois, sous peine d'astreintes de 50'000 couronnes (5900 euros) par voyageur. La mesure a déplu fortement au Danemark, qui craint que les migrants refoulés ne restent sur son sol.

Les contrôles s'effectuent en gare de Kastrup, située à l'intérieur de l'aéroport de Copenhague, d'où partent la grande majorité des réfugiés désireux de se rendre en Suède.

Contrôles rapides
La situation était très calme lundi matin et les passages rapides aux 34 points de contrôle installés sur les quais, malgré l'irritation des personnes qui font la navette quotidiennement entre Copenhague et Malmö pour étudier ou travailler.

Des agents de sécurité privés vérifiaient et photographiaient avec leur smartphone les papiers d'identité des voyageurs avant de les laisser poursuivre ou de les refouler. Une poignée de voyageurs ont été éconduits depuis l'instauration des contrôles systématiques à minuit, a précisé à l'AFP un porte-parole de la société danoise de chemins de fer DSB, sans préciser s'il s'agissait de migrants.

"Nous leur demandons un titre avec photo, et s'ils n'en ont pas nous leur disons simplement: désolé, nous ne pouvons vous laisser monter", a-t-il expliqué. L'affluence devait croître au fil de la journée avec le retour chez eux des Suédois travaillant au Danemark. Cette mesure concerne également les ferries empruntant le détroit de l'Öresund.

"Mur de Berlin"
Une clôture de deux mètres de haut et plusieurs centaines de mètres de long a été érigée en gare de Kastrup pour empêcher les migrants refoulés de se précipiter vers les trains en partance pour la Suède.

"C'est comme si on construisait un mur de Berlin", s'est indigné Michael Randropp, porte-parole d'une association d'usagers du pont de l'Öresund, cité dimanche par le quotidien suédois Dagens Nyheter.

Sanna Vestin, présidente d'une association de défense des migrants, a dénoncé des contrôles qui vont selon elles compliquer encore la vie des réfugiés. "De nombreux jeunes qui fuient leur pays n'ont pas de papier d'identité et n'en ont jamais eu. De nombreux mineurs non accompagnés d'Afghanistan ont grandi en Iran et sont sans papiers", a-t-elle expliqué à l'agence TT.

Diminution des arrivées
La Suède avait déjà rétabli le 12 novembre les contrôles à ses frontières, concentrés sur le pont de l'Öresund et les ferries en provenance des ports danois et allemands de la mer Baltique. Mais ils n'étaient réalisés qu'en certains points du trajet et de façon aléatoire.

"Je crois que ces contrôles d'identité seront efficaces. Un plus grand nombre de migrants devront demander l'asile dans d'autres pays", assurait le ministre de l'immigration Morgan Johansson lors de l'annonce de ces contrôles le 17 décembre.

Ces dispositions, conjuguées à un prochain resserrement des conditions de séjour, ont eu un effet immédiat, le nombre de nouvelles arrivées ayant fortement diminué à partir de mi-novembre de plus de 10'000 par semaine à 3500 à la mi-décembre.

(ats / 04.01.2016 11h34)