Le Venezuela, "au bord du précipice", dépend plus que jamais de la Russie et de la Chine

Paris - Le sort du Venezuela, en défaut partiel et coincé par les sanctions américaines, dépend plus que jamais de ses alliés russes et chinois, au lendemain de la réunion sans accord avec ses créanciers, ont estimé mardi des économistes interrogés par l'AFP.

"Aujourd'hui, le défaut paraît presque inévitable", analyse pour l'AFP Ludovic Subran, chef économiste chez l'assureur-crédit Euler Hermes, après une réunion à Caracas entre le gouvernement et les créanciers internationaux qui a duré une demi-heure et s'est achevée sur la promesse d'une prochaine rencontre.

Dans la foulée, l'agence de notation SP Global Ratings a déclaré le Venezuela en "défaut partiel" sur le remboursement de sa dette, devant l'incapacité du pays à rembourser 200 millions de dollars, à l'issue d'une période de grâce de 30 jours sur le paiement de deux obligations.

Le président Nicolas Maduro avait convoqué les créanciers après avoir annoncé sa volonté de restructurer sa dette extérieure, estimée à 150 milliards de dollars, car il ne dispose plus que de 9,7 milliards de réserves et doit rembourser au moins 1,47 milliard d'ici la fin de l'année, puis 8 milliards en 2018.

Selon des participants à la réunion de Caracas, qualifiée de "succès retentissant" par le gouvernement vénézuélien, ce dernier souhaite former des groupes de travail pour évaluer les propositions de renégociation de la dette à court et moyen terme.

"Le compte n'y est pas. Les créanciers ont de bonnes raisons de s'alarmer", explique à l'AFP l'économiste vénézuélien Orlando Ochoa.

"Le Venezuela se trouve paradoxalement au bord d'un précipice financier, quand bien même il dispose des ressources (pétrolières) pour mener un changement d'orientation économique qui lui permettrait de mettre sur pied un plan de redressement", affirme-t-il.

- restructuration compliquée -

"Une restructuration, ce n'est jamais simple. Mais avec les sanctions fixées par les Américains, ça l'est encore moins", prévient un spécialiste du marché de la dette, sous couvert d'anonymat.

A la fin août, Washington a interdit à ses banques et à ses citoyens d'acheter de nouvelles obligations ou de négocier des accords avec le gouvernement vénézuélien.

De toute façon, "c'est un peu tard pour restructurer la dette", souligne M. Subran qui ne croit pas non plus à la vente d'actifs, comme des raffineries pétrolières, pour régler la situation financière du Venezuela.

"Quand un pays est au pied du mur, il vend ses bijoux pas cher. Et de toute façon, qui serait prêt à acheter dans le contexte actuel?", s'interroge-t-il.

Pour contourner les sanctions américaines, M. Maduro compte sur la Russie et la Chine, deux alliés auxquels Caracas doit respectivement 8 et 28 milliards de dollars.

"Il est vrai que des créanciers comme ces deux pays peuvent intervenir", reconnaît le spécialiste des marchés de la dette.

- Des spéculations

La question est de savoir s'ils sont encore disposés à maintenir leur soutien financier au pays pétrolier.

Pour l'instant, rien ne laisse supposer le contraire: Pékin a déclaré mardi que sa coopération avec Caracas dans ce dossier "se déroule normalement" et Moscou devrait signer mercredi un accord pour restructurer pour trois milliards de dollars de créances vénézuéliennes, selon des sources concordantes.

Mais pour M. Ochoa, tout cela est de l'ordre de la "spéculation". "Ces deux pays sont apparemment arrivés au bout de ce qu'ils peuvent faire", estime-t-il.

"Politiquement, bien sûr que la Russie a intérêt à aider le Venezuela", admet M. Subran. "Mais le problème ne serait que repoussé", les marchés ayant identifié le pays pétrolier comme le plus gros risque actuel pour des investissements.

Le danger pour le Venezuela, autrefois le plus riche d'Amérique latine, est de se retrouver coupé des marchés, tout comme son groupe pétrolier PDVSA, et de devoir affronter des poursuites et la saisie d'actifs et de filiales à l'étranger.

Pour se sortir de cette situation, Caracas pourrait se permettre "un petit subterfuge", devine M. Subran, qui "croit beaucoup à la théorie" que le pays sud-américain "pourrait faire défaut uniquement sur la partie souveraine, mais protéger PDVSA".

"Si PDVSA fait défaut, les actifs pourraient être saisis et du coup il n'y aurait plus de revenus du pétrole, donc plus possible de financer le compte courant", ajoute-t-il.

"Cela fait sens", confirme M. Ochoa. "Les obligations de l'Etat sont plus facilement négociables que les titres de PDVSA", reconnaît-il.

arz/fka/nas

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(©AFP / 14 novembre 2017 14h59)
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