Le correspondant du magazine allemand Spiegel contraint de quitter la Turquie

Berlin - Le magazine allemand Der Spiegel a annoncé jeudi que son correspondant avait été contraint de quitter la Turquie, son accréditation n'ayant pas été renouvelée par les autorités, et dénonce une décision portant atteinte à la liberté de la presse.

Ce comportement vis-à-vis de notre correspondant (...) est, selon nous, intolérable et enfreint la liberté de la presse, a dénoncé le Spiegel sur son site internet.

Selon le magazine allemand, malgré des mois d'efforts le journaliste Hasnain Kazim n'a pas pu obtenir son accréditation et dès lors de permis de séjour.

Dans beaucoup d'articles, il a apporté un éclairage, de manière équilibrée mais critique, sur les abus et les erreurs du gouvernement comme le fait tout bon journaliste, écrit encore le magazine.

Le comportement des autorités turques ne peut nous amener qu'à une seule conclusion, que notre correspondant est indésirable en raison de son travail sur place, poursuit-il.

Selon des sources diplomatiques en Turquie, le bureau de presse du Premier ministre Ahmet Davutoglu a refusé de renouveler la carte de presse de huit de la vingtaine de journalistes allemands accrédités.

Le sujet a d'ailleurs fait l'objet de discrètes discussions ces dernières semaines entre la chancelière allemande Angela Merkel et M. Davutoglu, selon ces mêmes sources.

Les autorités turques sont accusées d'une dérive autoritaire et notamment de museler la presse critique avec notamment la mise sous tutelle du grand quotidien d'opposition Zaman début mars.

Le départ du correspondant du magazine allemand de référence intervient alors que la chancelière allemande multiplie les efforts pour convaincre ses partenaires européens de signer un accord controversé avec la Turquie pour juguler l'afflux de centaines de milliers de migrants en Europe.

Or les critiques de ce plan, en négociation jeudi et vendredi à Bruxelles lors d'un sommet européen, craignent que l'UE se soumette à un chantage d'Ankara et ferme les yeux sur les dérives du régime du président Recep Tayyip Erdogan.

Mme Merkel, considérée comme l'architecte du plan, a assuré cependant mercredi devant les députés allemands que l'Europe n'allait pas céder sur ses valeurs.

Il va de soi que face à la Turquie nous devons mettre en avant nos convictions sur la protection de la liberté de la presse ou le traitement des Kurdes, a-t-elle dit, soulignant que le régime turc devait user de la force de manière proportionnée contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme une organisation terroriste.

Le même jour M. Erdogan a relancé l'offensive contre ceux qu'il considère comme des complices du terrorisme -- élus, journalistes ou intellectuels-- quelques jours après un attentat suicide meurtrier à Ankara revendiqué par un groupe radical proche du PKK, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK).

(©AFP / 17 mars 2016 11h50)