Le démarrage du réacteur EPR de Flamanville une nouvelle fois retardé

Paris - EDF a reporté mardi d'un an le démarrage du premier réacteur nucléaire français EPR de nouvelle génération qu'il construit à Flamanville (Manche), un nouveau contrecoup pour ce chantier qui accumule les déboires depuis son lancement en 2007.

Les travaux préparatoires menés dans le cadre de la revue de projet qui se tiendra fin novembre avec l'ensemble des fournisseurs ont mis en évidence un décalage dans le planning du chantier. Le démarrage de l'installation est désormais prévu en 2017, a indiqué le géant français de l'électricité dans un communiqué, confirmant une information dévoilée par l'AFP de sources concordantes.

Le chantier a accumulé les déconvenues depuis 2007: sa mise en service avait déjà été retardée de 2012 à 2014, puis à 2016, et son coût a été plusieurs fois revu à la hausse pour atteindre 8,5 milliards d'euros, près de trois fois plus que le budget initial.

Une source proche du dossier a indiqué à l'AFP que de nouveaux surcoûts importants étaient à prévoir, sans les chiffrer, mais EDF n'a pas confirmé.

Il y a un problème à Flamanville, avait déclaré une autre source.

Maître d'oeuvre, EDF attribue ce nouveau retard à des difficultés rencontrées par le concepteur du réacteur Areva sur la livraison d'équipements tels que le couvercle et les structures internes de la cuve ainsi que sur la mise en place de la réglementation des équipements sous pression nucléaires (ESPN) pour laquelle Flamanville 3 est tête de série, en particulier sur un lot de montage réalisé par Areva et ses entreprises sous-traitantes.

Areva n'a pas souhaité faire de commentaire. Mal en point, le spécialiste de l'atome a de son côté annoncé mardi soir qu'il renonçait à un de ses principaux objectifs financiers pour 2014 et qu'il suspendait ses perspectives financières pour les deux années suivantes.

- Défaut de soudure -

Une des sources évoque aussi un défaut (qui) a été constaté dans une soudure réalisée entre un générateur de vapeur et une branche d'une boucle primaire de la centrale de Flamanville 3.

Le 6 novembre, EDF avait déjà reconnu avoir subi de nouvelles difficultés sur le chantier ces derniers mois, tout en continuant à tabler sur la production du premier kW/h en 2016.

Sa filiale RTE, qui gère le réseau électrique à haute tension en France, avait toutefois annoncé dès septembre que l'EPR de Flamanville ne fonctionnerait pas à plein régime avant 2018.

Trois autres EPR d'Areva sont actuellement en construction dans le monde: deux à Taishan, dans le sud-est de la Chine, et un troisième à Olkiluoto (Finlande), par Areva en consortium avec l'allemand Siemens. Ce dernier chantier collectionne également les contretemps et le réacteur devrait y entrer en service en 2018, avec neuf ans de retard sur le calendrier initial.

La construction de deux autres EPR par EDF est dans les cartons en Angleterre, à Hinkley Point, un projet contesté qui a obtenu en octobre le feu vert de la Commission européenne.

Malgré cet aléa de chantier, EDF réaffirme son engagement dans le nouveau nucléaire en France, en Chine et au Royaume-Uni. L'EPR contribuera à l'approvisionnement énergétique du pays et constitue un des maillons indispensables pour assurer la continuité de notre savoir-faire nucléaire en France et à l'international, a assuré le groupe.

Utilisant la technique déjà éprouvée des réacteurs à eau sous pression, l'EPR (Evolutionary Pressurised water Reactor) se veut à la fois plus sûr et plus compétitif que ses prédécesseurs. Il est conçu pour une durée de vie de 60 ans (contre 30 à 40 ans pour les réacteurs précédents) et plus puissant (1.650 mégawatts).

Journée noire pour la filière nucléaire française, à rebours de l'image d'Épinal régulièrement avancée dans notre seul pays, a de son côté déploré le député EELV Denis Baupin dans un communiqué. Comment ne pas voir dans ces annonces la confirmation que la transition énergétique est aujourd'hui plus urgente que jamais?.

Selon la ministre de l'Ecologie et de l'Energie, Ségolène Royal, la mise en service de l'EPR de Flamanville suppose la fermeture de deux autres réacteurs, éventuellement à Fessenheim, le projet de loi sur la transition énergétique prévoyant de plafonner à 63,2 gigawatts la capacité nucléaire de la France.

mpa/fka/cj

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(©AFP / 18 novembre 2014 20h38)